3000

Les dix jours depuis la dernière mise à jour auront été l’occasion de traverser toute la Cassiar Highway, de découvrir le Yukon et la Alaska Highway, ainsi que de voir notre premier orignal. Nous avons également passé les 3000 kilomètres (après un mois et sept heures) et nous en profitons pour prendre trois jours de repos à Whitehorse.

Comme nous sommes en avance sur le planning, nous avons decide de passer par la Top of the World Highway et Dawson City plutot que par la Alaska Highway pour aller a Fairbanks.

22 juillet: Smithers, 0 km (1859 km au total)

Petit déjeuner à volonté avec saucisses, bacon et gaufres aux fraises. On se régale. Courses pour les jours à venir. On découvre au Safeway un appareil pour mesurer le pouls. Je fais un concours avec Jean: 57 pour moi et 52 pour Jean. Jean a tout éclaté, il est fier comme un paon.

23 juillet: Smithers – Kitwanga, 118 km (1978 km au total)

Il pleut, il fait froid, mais la Yellowhead est moins moche que les jours précédents, c’est déjà ça. On s’arrete une premiere fois a l’aeroport de Smithers pour y voir un grizzly empaille (photo dans la semaine 4). On s’arrete ensuite pour une soupe à l’oignon à New Hazelton. On sent qu’on arrive dans la brousse. On quitte sans regrets la Yellowhead pour entrer sur la Cassiar, on est tout excités. Sur la route, on voit deux gros chiens noirs. Je les prends pour des ours et je m’arrête. Apres avoir enfin réalise de quoi il s’agissait, on klaxonne pour les faire partir. Ils nous regardent, l’air curieux. Les deux filles à côté croient qu’on leur dit bonjour et nous font de grands signes de la main. On décide de passer rapidement (à cause des chiens, hein). On rencontre un couple d’Allemands au camping de Kitwanga, ils nous offrent des framboises et du saumon fumé. On est heureux comme tout.

24 juillet: Kitwanga – Bonus Lake, 78 km (2056 km au total)

 On hésite entre 77 kilomètres jusqu’à une aire de repos ou 152 kilomètres jusqu’à Meziadin. Le couple nous dit que c’est plat et qu’on a un vent arrière. On tente donc Meziadin. Finalement, ca monte et on a un vent de face. On avance à 17 kilomètres par heure et on galère. On s’arrête après 17 kilomètres, puis après 27. Tout à coup, je vois un gros truc noir qui bouge sur le côté de la route. On voit les voitures en face s’arrêter et on comprend que c’est un ours. On passe doucement, tout en le gardant à l’oeil. Il suit Jean du regard, machouillant une branche. Il ressemble plus aux peluches de notre enfance qu’à l’animal féroce qui nous est parfois décrit. On s’arrête finalement à Bonus Lake. Un ponton mène au lac, c’est super joli. Pour la première fois, on va dormir dans une zone infestée d’ours, sans poubelle anti-ours. On accroche les sacs dans un arbre. Elle est chouette, notre petite installation. Demain, Bear Glacier.

25 juillet: Bonus Lake – Meziadin Junction, 128 km (2184 km au total)

Réveil à 5 heures, départ à 7. C’est pas mal. Pas d’ours pendant la nuit, je suis presque déçu. Il fait super beau et la Cassiar à cette heure est un rêve. Aucune voiture et des montagnes tout autour. A 11h30, on a fait les 74 kilomètres jusqu’au camping. On y glande, profitant du soleil. A 16 heures, on repart avec les vélos à vide pour aller voir Bear Glacier (une petite balade de 50 kilomètres). Wow, ça trace sans les sacoches. On peut même tourner le guidon facilement, c’est tout bizarre ! Pendant que je roule, j’entends Jean derrière moi dire quelque chose. Sans comprendre, je regarde à droite et je vois une grosse tête noire juste sur le bord de la route. Je viens de ne pas voir un ours. Jean et moi n’en revenons pas. Deuxième ours de la journée un peu plus loin (le cinquième depuis le début du voyage) puis on arrive au glacier. On se les pèle, mais c’est super beau. On est quand même vachement chanceux de pouvoir goûter dans des endroits pareils.

26 juillet: Meziadin Junction – Bell II lodge, 94 km (2278 km au total)

On se lève tôt, une fois de plus. Sur la route, on voit un ours à qui on fait de grands coucous de la main. Notre attitude envers ces plantigrades a quelque peu évoluée depuis le début du voyage.
On fait une pause repas qui est l’occasion de produire notre premiere emission culinaire:

Etonnamment, la route est bordée de lacs, de forêts et de montagnes. On arrive à Bell II où nous attend une divine surprise: dans le prix du camping est inclus l’accès au sauna, au jacuzzi et aux douches chaudes. Nos yeux brillent. On court prendre une douche chaude (celle de Jean a même un deuxième jet au niveau de la taille), puis on va dans le sauna. On savoure un tel luxe. A peine sortis, on reprend une douche chaude ! On découvre alors que le lodge propose un buffet avec salades, légumes et viandes. Plusieurs fois, la serveuse nous demandera si elle peut récuperer nos assiettes, recevant comme réponse le regard du chien à qui l’on menace de retirer la gamelle.

Dans la soirée, on rencontre Nick et Ben, deux Américains qui vont à Whitehorse. On partira plus tôt qu’eux demain, mais on se dit qu’on les reverra le long de la route. On se couche à 21 heures, heureux et repus.

27 juillet: Bell II lodge – Mountain Shadow RV Park, 160 km (2439 au total)

Lever à 4h45 et départ à 6h45 après une bonne douche. On a pris plus de douches en 12 heures que pendant les 25 premiers jours du voyage. On se sent en jambes et on ne fait que des pauses barres. Les décors sont somptueux. On roule au milieu de gorges et de montagnes enneigées. Une petite montée sur de la piste à 9% puis à 8% que l’on avale. Jean voit un ours et me le montre du doigt en gueulant. L’ours le suit du regard, machouillant sa branche, se demandant vraisemblablement quel est cet excité qui s’agite sur son tracteur. Apres 135 kilomètres, on nous dit que l’autoroute est fermée à cause d’un glissement de terrain et qu’elle ne rouvrira que dans deux ou trois jours. On ne veut pas attendre et on tente de passer. Et là, ils nous laissent traverser ! Aucun automobiliste ne peut traverser, certains vont faire demi-tour et rouler 500 kilomètres pour prendre la Alaska Highway, tout ca pour un petit bout de 5 kilomètres fermé. Et nous, on y va. On est tout seuls sur la route, fous de joie. Après 15 kilomètres de piste, on arrive à Iskut où on s’arrête pour camper. La gérante nous offre des cookies et les gens viennent nous voir, étonnés que l’on soit passés, pour nous poser des questions. Nous sommes des petits rois.

Feu pour la soirée après cette journée de 9 heures sur le vélo. Demain, grasse matinée.

28 juillet: Mountain Shadow RV Park – Dease Lake, 73 km (2512 km au total)
Jean répare la crevaison lente qu’il a eue la veille. Ca ne fait qu’une crevaison par personne en quatre semaines, ca reste raisonnable. On se prend un énorme petit dejeuner. (photo 339)

Et là, c’est le drame ! Il y a un chantier sur l’autoroute et il est interdit de passer a vélo dessus. On tente de négocier, mais les ouvriers sont intraitables. Dégoûtes, on monte dans le camion qui nous fait traverser sur 9 kilomètres. A la fin, le conducteur est cool et nous prend en photo (photo 343). S’ensuit une grosse descente sur de la piste vers Stikine River (video). A la 17e seconde (” Merde, le bidon “), mon bidon menace de se casser la gueule et je dois finir la descente en ne tenant mon guidon que de la main droite, la gauche retenant le bidon (bah oui, je n’allais pas arrêter la vidéo quand même).

Après une grosse montée (5 kilomètres à 8%) sur de la piste, on prend notre goûter au bord de la Cassiar. A cause de la fermeture de l’autoroute, il n’y a absolument personne. On a l’autoroute pour nous et Jean et moi profitons de ce moment. On s’approche de Dease Lake et il y a une grosse descente. Tout à coup, je vois un animal assis sur le bord de la route. Ca ressemble à un renard mais, la fatigue aidant, j’ai peur que ce soit un grizzly. Je m’arrête sans prevenir Jean. J’entends ” Hoooooo la “, suivi d’un ” BAM ! “. Je me retourne et je vois Jean qui tombe en gueulant ” Merde ! Merde ! “. J’ai super peur qu’il ait vraiment mal, mais ça ne s’avère être qu’une brûlure. Je me sens quand même coupable, notamment pour avoir confondu un renard (qui fait 30 kg et est de la taille d’un petit chien) avec un grizzly (qui fait entre 300 et 400 kg et peut atteindre 2 mètres de haut, et qui de plus ne s’assoit pas). On désinfecte, mais on n’a pas de pansement assez gros. On arrive à Dease Lake et on téléphone à la police pour savoir si Jean peut recevoir des soins. Et là, on apprend que Dease Lake possède une clinique dernier cri (la seule à 300 km à la ronde). On y va, Jean se fait bichonner et ils nous donnent des compresses et de la gaze. On repart tout content et on va se coucher.

29 juillet: Dease Lake – Boya Lake, 152 km (2665 km au total)

Alors que l’on dormait sans double toit pour profiter du temps, on se fait réveiller à 2h30 du matin par des ratons-laveurs qui tournent autour de la nourriture. On se rhabille et on va ranger toute la nourriture. Le réveil a 6h45 est assez difficile. Encore une fois, on se fait un paquet de céréales entier à deux.

On fait une première pause peu après le départ, durant laquelle on se fait rattraper par Ben et Nick. Le reste de la route se fera donc à 4, ce qui ira beaucoup plus vite. On se demande quand même comment on va faire 150 bornes dans la journée sachant qu’on n’en a fait que 80 à 14 heures. On s’arrête à Jade City, métropole de 12 habitants au bord de la Cassiar. Il n’y a en fait que deux magasins, les deux vendant de la jade (incroyable…). Pendant qu’on y est, il commence à pleuvoir. Il est 18h30, il nous reste 37 kilomètres à faire et on décide de repartir quand même. Peu avant Boya Lake, la pluie se transforme en trombes d’eau. On galère pour mettre la tente qui est vite inondée. Avant de se coucher, on rencontre la gérante du parc qui vient collecter l’argent. Elle me dit de ne pas laisser trainer de nourriture dehors car un ours nois traine autour du camp depuis une semaine. La nuit se fait sans histoires. Demain, c’est notre jour de repos.

30 juillet: Boya Lake, jour de repos
Pendant que je dors, je rêve encore une fois que l’on continue de rouler pendant la nuit et que l’on a planté la tente au milieu de la route (un rêve récurrent depuis le début du voyage). Tout à coup, je vois des phares et j’entends un moteur. Je commence a paniquer et je demande de l’aide a Jean:
” – Jean ! Jean ! Une voiture arrive ! Il faut qu’elle change de file ! Qu’est-ce qu’elle fait ?
- Nico, c’est le ranger du parc…
- Comment tu sais ?
- Il est 3h du matin et on est dans le parc.
- Ah, OK. “
et je me rendors, rassuré.
Il a plu toute la nuit (environ 20 mm d’apres mon mug laisse sur la table et une évaluation grossière de l’indice de réfraction de l’eau). Il pleut encore vraiment fort le matin. Tout à coup, on entend un gros coup de feu. Même si je suis réveillé, je ne veux pas sortir sous la pluie et je reste sous la tente. La responsable arrive, nous dit qu’elle a préparé un autre site pour nous où elle a mis des baches, qu’elle apporte du bois pour le feu et qu’elle peut prendre nos duvets pour les faire sécher si on veut. Puis elle ajoute: ” Ne vous inquiétez pas pour l’ours. Il est … parti. ” Comprenne qui pourra.

On sort prendre le petit déjeuner (mmmh, du beurre de cacahuètes Kraft a la cuillère) puis, ayant trop froid, je retourne sous la tente. Pendant que je somnole, la pluie s’arrete et je vois poindre le soleil. On peut tout faire sécher et on voit tout le lac qui est magnifique (le Lonely Planet parle de ” shockingly turquoise “): enfin un vrai jour de repos. Demain, on entre au Yukon !

Le soir, je filme notre envoye special Serge imitant Jean prenant son repas du soir, avant de partir precipitamment (nos vessies semblent souffrir pendant le voyage):

31 juillet: Boya Lake – Big Creek, 127 km (2793 km au total)
On profite de nos derniers instants sur la Cassiar (et du vent de dos). La route n’a été ouverte que par intermittence depuis le glissement de terrain et on n’est dépassés que par quelques rares voitures (enfin, peut-on encore parler de voiture quand c’est plus gros qu’un bus européen ?). Je dors pendant la pause midi, puis on voit le panneau du Yukon. On est tout excités, mais bien vite calmés quand une nuée de moustiques nous souhaite la bienvenue. On n’a pas fait 10 mètres au Yukon que des trombes d’eau nous retombent dessus. On s’arrête a la première épicerie venue pour ravitailler. Elle est miteuse, mais il parait que c’est la plus grosse jusqu’a Teslin, à 250 kilomètres de là. On panique, parce qu’on a faim (on ne se rend pas bien compte de la quantité de nourriture que ça avale, un cycliste). Finalement, on nous apprend qu’il y a une boulangerie plus loin sur la Alaska Highway. On y achète quatre pains. L’Alaska Hwy est super jolie et il n’y a personne. Nous qui appréhendions un peu cette partie de la route, on est rassurés. Une fois que nous sommes arrivés au camping, un Californien vient discuter avec nous et nous offre des tranches de dinde. On les dévore.

1er août: Big Creek – Swan Lake: 115 km (2908 au total)

On arrive à partir avant 8h du matin et il fait un temps superbe. On est radieux. Après 30 minutes, quatre camions arrivent en face. On se prend les habituels déplacements d’air dans la face, mais ca ne s’arrête pas après le passage du quatrième camion. C’est le début du vent de face. Ca va être horrible toute la journée. Pause dans un motel – épicerie – camping pour manger et là, on voit Beth et Alayna qui débarquent. On papote, on va prendre un café puis on se dit définitivement au revoir. Il est 15h20 et je n’ai aucune envie de me reprendre du vent dans la tête pendant 60 kilomètres. Comme on n’a pas vraiment le choix, je les fais et on arrive au camp, un ranch au bord d’un lac qui n’a que trois emplacements de camping. Il y a du bois à volonté. Je refais un grand feu et on s’endort sans double toit, comme la veille.

2 août: Swan Lake – Johnson’s Crossing, 137 km (3045 km au total)
Un peu ébranlé par le vent de face de la veille, j’appréhende la journée. On se lève à 8h30 et on part à 10h30. Il n’y a quasiment pas de vent, c’est un régal. On s’arrête à Teslin pour faire quelques courses et regarder nos mails. Le seul café internet est dans la maison d’un Suisse, Henry, avec qui l’on parle bien. Ça nous redonne la motivation pour faire les 50 kilomètres restants. Cette motivation sera secondée par la joie de dépasser les 3000 kilomètres peu après le départ de Teslin. Une grande fierté:

Je fais une interview de Jean sur le vélo:

Juste avant le camping, on doit traverser un pont en construction. Après argumentation, on obtient de suivre la pilot car à vélo. Arrivée au camping, feu et dodo à 1 heure du matin. On s’en fout, demain, on est à Whitehorse !

3 août: Johnson’s Crossing – Whitehorse, 124 km (3169 km au total)
Début de journée super chouette, ça roule bien. A midi, une faim subite me prend et on s’arrête sur le bas-côté pour manger. Alors que l’on prend du beurre de cacahuètes et du Nutella à la cuillère, Henry arrive avec son pick-up et se gare près de nous. Il nous apporte des quiches et une boisson ! On est aux anges. On le remercie vivement, on avale ces vivres inespérées et on repart. Un peu plus loin, on voit un orignal et son petit traverser la route. Jean se rend compte que c’est vraiment gros, on est tous les deux sous le charme (de l’orignal, pas de la découverte de Jean). Deuxième arrêt repas au bord de Marsh Lake, un lac sublime qui est le départ de la Yukon River. On repart, puis on en a marre et on veut juste arriver a Whitehorse. Arrivée au camping puis balade en ville, où l’on subit un choc: les Wal-Mart, McDonalds et Pizza Hut sont là, mais le charme semble absent. On rentre dépités pour dormir. On a trois jours de repos pour changer notre opinion.

3 comments

  1. Evan 6:14

    Boys

    Sounds like you are having a great time and making good progress. Loved the french cookery demonstration – someone should put that on youtube! French Canadian cuisine at its finest. Hope you guys are eating some fresh fruit and vegetables as well. I’d send you something from the farmers market but the food miles would be excessive.

    Evan

  2. Derek & Linda 16:04

    Jean, Nicolas, you are an inspiration to us all. We especially enjoyed your latest travelogue. Sounds like a fantastic adventure. We can cope with better quality videos if you manage to upload them.
    In your honour, I am eating some fine saucison and drinking some rather excellent French wine as I type this. Jean, I promise you a meal fit for a hungry hero when you return. Pasta must get boring but the buffalo burgers sounded tasty. The man who let you into the “20 bucks for all you can eat” restaurant must be kicking his ass like the dumb burro he is. Nous vous souhaitons bien pour la section prochaine du voyage et vous pensent à en Ecosse. La bonne chance et imagine plus. Au revoir.

    Derek & Linda

  3. sebos 6:01

    Salut les gars !
    Je suis impressionné par la pêche que vous avez après ce mois et ces 3000 km de vélo. Franchement ça donne envi de se lancer dans la voyage à vélo !
    Petit message pour Jean, tu ressembles un peu à Contador sur ton vélo. Et comme lui, on ne te crois pas quand tu dis ne pas prendre de substances illégales !
    Pour vous distraire, les photos de la traversée des Alpes en juin avec Roro, Manu et moi : http://sebos31.perso.cegetel.net/alpes07.html

    A+ et amusez-vous bien, avec l’ipatience de lire la suite de vos aventures.

    Seb

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