Combien

Avec beaucoup de retard, je vous annonce que le vainqueur du concours est : Jérôme !
Bon, en revanche, on était encore loin du poids réel puisque mon vélo pesait 59 kgs au moment de partir de Fairbanks…

Bravo à Jérôme qui va recevoir son cadeau dès que je pense à lui apporter.

La

14 août: BLM Campground - Aire de repos sans nom
Pas grand-chose à dire sur cette journée. Nous avons été dépassés par un convoi exceptionnel dans une montée, ce qui nous a un peu fait flipper. Très gros orage vers midi qui nous a forcé à nous abriter pendant plus d’une heure. On n’est pas passés loin du deuxième dans la soirée, mais celui-là nous a gentiment contournés.

15 août: aire de repos sans nom - Tok
C’est la fin de notre détour par Dawson City et le retour sur la Alaska Highway. On essaye de se réhabituer au trafic. Petit arrêt à Tok où l’on rencontre un cycliste israélien qui est parti de Prudhoe Bay pour aller jusqu’en Terre de Feu (encore un !). Il nous donne plein d’infos sur la Dalton Highway, la route entre Fairbanks et l’océan Arctique. On pousse un peu et on installe le camp sur une aire de repos qui possède un joli point de vue. Pas de poubelles anti-ours, pas d’arbres où accrocher la nourriture: tant pis, on verra bien ce qu’il arrivera.

Tok - Rika’s roadhouse
On se réveille de bonne humeur, profitant du point de vue. On est encore plus heureux quand une équipe vient nettoyer les toilettes sèches de l’aire de repos. Fous de joie, on profite de l’odeur parfumée : on est au paradis (vu l’était dans lequel on est, il nous en faut assez peu).
Une fois de plus, la route est inintéressante. On en profite pour rouler vraiment vite. Jean qui m’annonce ne pas avoir de jambes fait du 25 de moyenne. On s’arrête à Rika’s roadhouse où il y a un restaurant. On s’y arrête pour découvrir qu’il ferme à 17h. Une fois de plus, ce sera des pâtes pour le dîner. On en profite également pour étendre les tapis de sol et les sacs de couchage pour les faire sécher. Alors qu’on mange, la pluie se met à tomber. On se retrouve avec du matos bien plus trempé qu’avant… On monte la tente à toute vitesse et on s’engouffre dans nos sacs de couchage mouillés. Choueeeeeeeeeette.
Demain, on arrive à Fairbanks !

Rika’s roadhouse - Fairbanks
On glande pendant la matinée, profitant du soleil. Et puis, on a trois jours d’avance sur le planning, on peut bien en profiter. On roule sur un bas-côté ridicule, dépassés en permanence par des conducteurs inattentifs: dur retour à la réalité. On passe devant une base militaire dans lequel s’égaille un caribou. Après avoir eu les jambes coupées, j’essaye de redonner du rythme et on arrive à toute allure à Fairbanks. Deux jours de repos et hop, vers l’Arctique !

20 août, Fairbanks - Livengood, 130 km (à peu près)
Départ de Fairbanks. On est super excités ! On va enfin découvrir la route que l’on attend depuis 18 mois. Tout le monde nous a promis l’horreur: de la sale piste, des camions qui nous rasent en nous envoyant des gros cailloux. On part avec 12 jours de nourriture pour parer a toute éventualité. Le résultat ne se fait pas attendre: je pèse mon vélo avant de partir pour découvrir ahuri qu’il fait 59 kgs ! La Elliott Highway qui va nous mener à la Dalton n’a aucun intérêt. Comme en plus elle n’arrête pas de monter et descendre, ça nous casse les jambes. Jean aperçoit un lynx sur le bord de la route (je n’aurai pas cette chance). Vers la fin, il en a super marre et je dois le motiver pour pousser jusqu’à la fin. On arrive finalement au bout et on se couche en bordure d’autoroute, à 5 kilomètres du début de la Dalton Highway.

21 août: Livengood - Hotspot Cafe (mile 60)
Au réveil, il fait froid et on sent la fatigue avant même d’être sur les vélos. Petite discussion avec un camionneur qui s’arrête sur notre aire de repos. On essaye d’avoir autant d’informations que possible sur l’état de la Dalton, mais sans grand succès.
Après quelques kilomètres d’Elliott, on arrive à l’embranchement avec la Dalton. Grosse émotion. Etre là est déjà une réussite en soi. Les premiers kilomères Daltonesques apaisent nos craintes: la piste n’est pas si mal et, surtout, les camionneurs font extrêmement attenion à nous. Ils laissent beaucoup de place quand ils dépassent et ralentissent à notre approche. Finalement, le pire reste le relief: là encore, on n’arrête pas de monter et de descendre et ça nous détruit. Au mile 19, sans raison, une route pavée superbe commence. On s’amuse comme des petits fous et on peut enfin tracer un peu. Après 5 miles, ça redevient de la piste. Quelques kilomètres plus loin, on arrive à une bonne petite montée en terre. On la commence, galérant raisonnablement. Au milieu, un camion arrive derrière nous. Comme il ne peut pas changer de file, on se range sur le bas-cote pour le laisser passer. Et là, ce con inonde la route ! Ils font ça pour limiter la poussière. La contrepartie, c’est que l’on doit maintenant rouler dans la boue et que ça devient super galère…

La fin de la route se fait difficilement. On découvre dans le MILEPOST qu’il y a 5 miles de montée difficile entre le mile 38 et le mile 46. On se dit qu’on va en chier. Au mile 37, ce fut comme une apparition: les voitures sont arrêtées car la section est en travaux. Nous n’avons pas le choix et devons monter dans la voiture pilote pour traverser les 10 miles de la zone de construction. 30 minutes après, nous voilà au mile 47, la dernière difficulté de la journée traversée. Et on ne se sent même pas coupable sachant que nous n’avions pas le choix ! Si c’est pas merveilleux, ça…
On dort dans un terrain jouxtant un boui-boui dont le choix en alcools n’a d’égal que l’amabilité de la tenancière: pas de binouze pour Jeannot ! On rencontre un couple d’Anchorage avec qui on papote un peu: c’est la première fois qu’ils vont sur la Dalton. On décide de jouer au freesbee et là, c’est le drame: je l’ai perdu quelque part sur la Dalton. On ne l’aura jamais utilisé ! Dépités, on va se coucher. Demain, on devrait arriver au Cercle polaire arctique !

22 août: Hotspot Cafe (mile 60) - Arctic Circle (mile 115)
Première mauvaise nouvelle de la journée: Jean a perdu ses lunettes de soleil. Non seulement il risque d’être ébloui pendant la journée, mais il va également recevoir toute la poussière envoyée par les camions que l’on croise.
La route est beaucoup plus facile que la veille: la piste est toujours bonne mais maintenant, c’est tout plat ! On profite des paysages et de la sensation d’isolement. Les camions que je m’imaginais défiler chaque minute ne sont que quelques dizaines par jour. Finalement, elle est tranquillou cette petite route…
Sur le chemin, on se fait dépasser par un couple de l’Oregon qui va également au Cercle arctique. Plus tard, on les croisera qui reviennent: ils nous offrent sandwiches, biscuits et eau. La politesse et la bonne éducation disparaissent devant la faim (alors oui, quand on fait du vélo, on a TOUJOURS faim) et on accepte tout sans trop rechigner (je crois qu’on omet même les deux refus règlementaires).
On s’arrête en haut de Finger Mountain pour se reposer un peu lorsque l’on voit un gars sortir de la toundra: c’est un Belge qui vient de faire 10 jours de rando dans l’arrière-pays et qui vient de finir ! On n’en revient pas et on papote avec lui pendant qu’il fait du stop pour rentrer a Fairbanks. Comme quoi, on n’est pas les seuls allumés sur la Dalton…
On arrive le soir au cercle arctique, marqué par un panneau. Il y a également un petit camping. On y retrouve le couple d’Anchorage de la veille qui nous offre le repas. Ils décident de fêter l’arrivee au cercle arctique avec nous et on a droit à du champagne et à un petit feu d’artifice. On s’endort émus.

23 août: Arctic Circle (mile 115) - Coldfoot (mile 175)
Dernier jour avant d’être complètement seuls, la plupart des touristes s’arrêtant à Coldfoot avant de faire demi-tour. On taille la route non sans avoir pris la traditionnelle photo devant le panneau indiquant le cercle arctique. Pour encourager les voitures à aller plus loin que le cercle arctique, l’autoroute est pavée jusqu’à Coldfoot. On rencontre un Brésilien en mobylette qui nous prend en photo avant de continuer sa route vers le sud. On s’arrête pour manger devant la station de pompage n°5; il y a des stations de pompage tout le long du pipeline entre l’océan Arctique et Valdez, 800 miles au sud. L’endroit semble rêvé pour un film de James Bond: un immense bâtiment au milieu de la toundra et rien d’autre aux alentours.
Arrivée a Coldfoot après de nombreuses côtes non indiquées dans le Milepost: je vois Jean s’énerver de plus en plus contre le rédacteur de la partie sur la Dalton Highway. Petit arrêt au Visitor Centre de Coldfoot où l’on obtient notre certificat de franchissement du cercle arctique. Repas au buffet où l’on rencontre un routier qui nous a vus deux jours plus tôt: on papote et il a l’air impressionné par ce que l’on fait; ça fait toujours plaisir. Il nous dit aussi qu’Atigun Pass est vraiment difficile, même si une carte postale représentant le col nous rassure un peu. Dodo sans le double toit pour essayer de voir une aurore boréale.

24 août: Coldfoot (mile 175) - juste après Atigun Pass (mile 249)
Aujourd’hui, c’est la grosse journée de la Dalton. Non seulement c’est la plus longue (en distance), mais c’est également celle qui contient la plus grosse difficulté du voyage: le col d’Atigun. On va monter de 720 mètres en 7 kilomètres.
Ça commence mal dès le matin: il fait tellement froid que l’on fait de la buée en expirant. Aucun de nous deux ne veut sortir du duvet. On sait que la journée va être longue et on décide de rouler assez vite au début. La piste n’est pas terrible et je fais une fringale: je commence à voir flou et je sens que je vais m’évanouir. Ça m’arrive de plus en plus souvent. On fait une petite pause et Jean prend le relais pour me soulager un peu. On fait une petite pause au bord de la rivière 15 miles avant le col d’Atigun. Alors que je me sens bien pendant la pause, les 15 miles sont très difficiles: on n’avance pas, même sur le plat. Le stress doit y être pour quelque chose. La première côte, Chandalar Shelf, 2 miles à 10%, est facile. Je me permets même de prendre plein de photos de gens. On arrive à un plateau avec une vue fantastique. On pédale tranquillement sur le plateau avant d’atteindre la deuxième côte, le col d’Atigun lui-même. Enhardis par Chandalar Shelf, on se dit que ça ne va pas être si terrible et que, de toute façon, on est maintenant super en forme. Et là, c’est l’horreur… Deux miles et demi à 12% avec de la pluie et le vent de face. On roule dans la boue à 4 km/h, à la limite. Il fait 5°C et on pèle de froid, d’autant plus qu’on est trempés. Pendant la montée, une voiture nous dépasse et la passagère nous prend en photo. Lorsqu’elle repasse, je l’arrête et lui demande de nous les envoyer. Quitte à souffrir, autant avoir un souvenir… Après 1h10 de montée, on arrive enfin au sommet: Jean laisse éclater sa joie et je fonds en larmes. Nerveusement épuisés, on vient de franchir la dernière difficulté du voyage. On décide de camper juste en bas de la côte, dans un camp de maintenance de l’autoroute abandonné. Le paysage est sublime et on déguste nos pâtes (700 grammes, sans huile ni sel ni accompagnement, comme d’habitude) bien méritées. Désormais, plus rien ne peut nous arrêter. On oublie le réveil pour demain pour enfin dormir tout notre soûl.

25 août: pied d’Atigun Pass (mile 249) - plateau au milieu de nulle part (mile 299)
On reste longtemps au lit et on profite d’un bon petit déjeuner. Lorsque l’on se décide à partir, il est 13h30. Après être sortis du Brooks Range, on pédale dans la vallée. Alors que l’on s’est arrêtés pour manger (après seulement 1h30 de route, mais qu’importe), un cycliste s’arrête pour papoter: il est pilote d’hélicoptère pour l’entreprise qui s’occupe du pipeline. Il profite de son temps libre pour faire du vélo ou de la randonnée dans le coin, au milieu de nulle part. On est envieux. La suite de la journée sera difficile, le plat attendu étant remplacé par un paysage vallonné. En revanche, la vue est fantastique et l’impression de fin du monde bien présente. Jean me répète constamment qu’il faut que je profite de ces moments qui sont uniques dans une vie. On s’arrête en haut d’une colline, près d’un lac. On est entourés de chasseurs visiblement jaloux du lieu de notre campement: pas question de leur laisser, on était là avant ! Après avoir observé un renard le soir, on se couche, toujours sans double toit. Durant la nuit, petite aurore boréale, que Jean snobbe. Il en veut une vraie !

26 août: plateau au milieu de nulle part (mile 299) - station de pompage n°2 (mile 368)
La journée commence avec une longue descente et l’on s’arrête à un camp de maintenance de l’autoroute pour trouver de l’eau. On est toujours intrigués par ces camps sans vie au milieu de nulle part. Après une côte à 16%, on s’arrête pour déjeuner. Alors que l’on fait notre sieste digestive, un camiom de l’entreprise du pipeline s’arrête, dépose du jus de raisin et des cacahuètes avant de s’arrêter plus loin. Croyant qu’il vient manger avec nous, Jean va le voir pour parler un peu. Le gars vient en fait de nous offrir tout ça en s’excusant de ne pas pouvoir faire plus. La gentillesse des gens que l’on rencontre ne cesse de nous étonner. On repart puis l’on s’arrête en bord de rivière pour prendre de l’eau (nos vélos sont si lourds qu’on ne veut pas transporter trop d’eau, mais le soleil tape). On y rencontre une femme qui vient de pêcher et nous propose un poisson: malgré l’envie de manger autre chose que des pâtes et du gruau, l’idée de devoir le préparer et le cuire au milieu des ours ne nous enchante pas. Le coeur fendu, on refuse. Un peu plus tard, on rencontre nos premiers boeufs musqués: poilus, lents, placides, on dirait des animaux préhistoriques. Jean me confie qu’il ne regrette pas d’en avoir mangé en stroganoff.
Le vent de face qui ne cesse de souffler depuis le matin nous épuise. On a envie de s’arrêter mais on veut s’approcher de l’océan arctique pour être sûrs d’arriver à Deadhorse avant midi. En effet, cela nous permettra de faire le tour organisé de 14h qui nous amènera à l’océan. À contrecoeur, on continue et on pose le camp dans la toundra, un peu après la station de pompage n°2. Le paysage est incroyablement plat et il commence sérieusement à faire froid. C’est notre dernier jour avant l’océan arctique et ni Jean ni moi ne nous rendons compte de ce que nous sommes en train de réaliser.

27 août: station de pompage n°2 (mile 368) - Océan Arctique ! (mile 414)
On se réveille à 5h30 pour arriver le plus tôt possible à Deadhorse. Il fait -6°C et le début est très difficile. Alors que l’on range les affaires pour partir, je ne trouve pas mon lecteur MP3. Et nous voilà, congelés, cherchant mon lecteur MP3 dans la toundra, à moins de 50 miles de l’océan arctique. Après 20 minutes à trépigner, je pense à regarder dans mon duvet: Jean l’y avait involontairement glissé… On peut enfin partir ! Il fait -4°C quand on part et on file à plus de 30 km/h. On voit un caribou lors de la pause barre. Les derniers kilomètres sont chargés d’émotion. Des gens nous doublent et nous félicitent (encore plus quand ils apprennent qu’on vient de Vancouver et pas de Fairbanks). On voit les milepost défiler, 411, 412, 413… On rate le milepost 414 et on arrive dans Deadhorse, ville-chantier où dorment les ouvriers travaillant dans le champ pétrolifère. On cherche l’hôtel organisant les tours pour l’océan arctique et l’on s’y arrête, submergés par l’émotion. On ne comprend pas ce qui arrive, que c’est la fin de l’aventure. Il est midi pile, nous sommes partis depuis 8 semaines et 1 jour et nous sommes à l’océan arctique.
Après quelques péripéties, on embarque pour le tour organisé, vaste escroquerie ne manquant pas de faire l’apologie du cahmp pétrolifère. À cause de la présence d’ours polaires au large, on ne peut pas se baigner dans l’océan mais juste y tremper nos mains. C’est affligeant, mais on le fait pour marquer le coup. Au retour, le gérant, pour nous féliciter de notre aventure, nous offre le souper ! Encore un repas à volonté qui fait du bien. On s’endort derrière l’hôtel, au milieu d’une décharge. Le contraste avec les jours précédents est saisissant…
Demain, on fait du stop pour rentrer à Fairbanks.

Stanislas - Félix et Alexandre
Stanislas - Félix et Alexandre (encore !)
Enfant Soleil - Di Zhang
Enfant Soleil - Jeth Guerrero
Kincardine in Menteith - Anonyme
Kincardine in Menteith - Anonyme

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