Combien pesait le vélo ?

Avec beaucoup de retard, je vous annonce que le vainqueur du concours est : Jérôme !
Bon, en revanche, on était encore loin du poids réel puisque mon vélo pesait 59 kgs au moment de partir de Fairbanks…

Bravo à Jérôme qui va recevoir son cadeau dès que je pense à lui apporter.

La balade sur la Dalton

14 août: BLM Campground - Aire de repos sans nom
Pas grand-chose à dire sur cette journée. Nous avons été dépassés par un convoi exceptionnel dans une montée, ce qui nous a un peu fait flipper. Très gros orage vers midi qui nous a forcé à nous abriter pendant plus d’une heure. On n’est pas passés loin du deuxième dans la soirée, mais celui-là nous a gentiment contournés.

15 août: aire de repos sans nom - Tok
C’est la fin de notre détour par Dawson City et le retour sur la Alaska Highway. On essaye de se réhabituer au trafic. Petit arrêt à Tok où l’on rencontre un cycliste israélien qui est parti de Prudhoe Bay pour aller jusqu’en Terre de Feu (encore un !). Il nous donne plein d’infos sur la Dalton Highway, la route entre Fairbanks et l’océan Arctique. On pousse un peu et on installe le camp sur une aire de repos qui possède un joli point de vue. Pas de poubelles anti-ours, pas d’arbres où accrocher la nourriture: tant pis, on verra bien ce qu’il arrivera.

Tok - Rika’s roadhouse
On se réveille de bonne humeur, profitant du point de vue. On est encore plus heureux quand une équipe vient nettoyer les toilettes sèches de l’aire de repos. Fous de joie, on profite de l’odeur parfumée : on est au paradis (vu l’était dans lequel on est, il nous en faut assez peu).
Une fois de plus, la route est inintéressante. On en profite pour rouler vraiment vite. Jean qui m’annonce ne pas avoir de jambes fait du 25 de moyenne. On s’arrête à Rika’s roadhouse où il y a un restaurant. On s’y arrête pour découvrir qu’il ferme à 17h. Une fois de plus, ce sera des pâtes pour le dîner. On en profite également pour étendre les tapis de sol et les sacs de couchage pour les faire sécher. Alors qu’on mange, la pluie se met à tomber. On se retrouve avec du matos bien plus trempé qu’avant… On monte la tente à toute vitesse et on s’engouffre dans nos sacs de couchage mouillés. Choueeeeeeeeeette.
Demain, on arrive à Fairbanks !

Rika’s roadhouse - Fairbanks
On glande pendant la matinée, profitant du soleil. Et puis, on a trois jours d’avance sur le planning, on peut bien en profiter. On roule sur un bas-côté ridicule, dépassés en permanence par des conducteurs inattentifs: dur retour à la réalité. On passe devant une base militaire dans lequel s’égaille un caribou. Après avoir eu les jambes coupées, j’essaye de redonner du rythme et on arrive à toute allure à Fairbanks. Deux jours de repos et hop, vers l’Arctique !

20 août, Fairbanks - Livengood, 130 km (à peu près)
Départ de Fairbanks. On est super excités ! On va enfin découvrir la route que l’on attend depuis 18 mois. Tout le monde nous a promis l’horreur: de la sale piste, des camions qui nous rasent en nous envoyant des gros cailloux. On part avec 12 jours de nourriture pour parer a toute éventualité. Le résultat ne se fait pas attendre: je pèse mon vélo avant de partir pour découvrir ahuri qu’il fait 59 kgs ! La Elliott Highway qui va nous mener à la Dalton n’a aucun intérêt. Comme en plus elle n’arrête pas de monter et descendre, ça nous casse les jambes. Jean aperçoit un lynx sur le bord de la route (je n’aurai pas cette chance). Vers la fin, il en a super marre et je dois le motiver pour pousser jusqu’à la fin. On arrive finalement au bout et on se couche en bordure d’autoroute, à 5 kilomètres du début de la Dalton Highway.

21 août: Livengood - Hotspot Cafe (mile 60)
Au réveil, il fait froid et on sent la fatigue avant même d’être sur les vélos. Petite discussion avec un camionneur qui s’arrête sur notre aire de repos. On essaye d’avoir autant d’informations que possible sur l’état de la Dalton, mais sans grand succès.
Après quelques kilomètres d’Elliott, on arrive à l’embranchement avec la Dalton. Grosse émotion. Etre là est déjà une réussite en soi. Les premiers kilomères Daltonesques apaisent nos craintes: la piste n’est pas si mal et, surtout, les camionneurs font extrêmement attenion à nous. Ils laissent beaucoup de place quand ils dépassent et ralentissent à notre approche. Finalement, le pire reste le relief: là encore, on n’arrête pas de monter et de descendre et ça nous détruit. Au mile 19, sans raison, une route pavée superbe commence. On s’amuse comme des petits fous et on peut enfin tracer un peu. Après 5 miles, ça redevient de la piste. Quelques kilomètres plus loin, on arrive à une bonne petite montée en terre. On la commence, galérant raisonnablement. Au milieu, un camion arrive derrière nous. Comme il ne peut pas changer de file, on se range sur le bas-cote pour le laisser passer. Et là, ce con inonde la route ! Ils font ça pour limiter la poussière. La contrepartie, c’est que l’on doit maintenant rouler dans la boue et que ça devient super galère…

La fin de la route se fait difficilement. On découvre dans le MILEPOST qu’il y a 5 miles de montée difficile entre le mile 38 et le mile 46. On se dit qu’on va en chier. Au mile 37, ce fut comme une apparition: les voitures sont arrêtées car la section est en travaux. Nous n’avons pas le choix et devons monter dans la voiture pilote pour traverser les 10 miles de la zone de construction. 30 minutes après, nous voilà au mile 47, la dernière difficulté de la journée traversée. Et on ne se sent même pas coupable sachant que nous n’avions pas le choix ! Si c’est pas merveilleux, ça…
On dort dans un terrain jouxtant un boui-boui dont le choix en alcools n’a d’égal que l’amabilité de la tenancière: pas de binouze pour Jeannot ! On rencontre un couple d’Anchorage avec qui on papote un peu: c’est la première fois qu’ils vont sur la Dalton. On décide de jouer au freesbee et là, c’est le drame: je l’ai perdu quelque part sur la Dalton. On ne l’aura jamais utilisé ! Dépités, on va se coucher. Demain, on devrait arriver au Cercle polaire arctique !

22 août: Hotspot Cafe (mile 60) - Arctic Circle (mile 115)
Première mauvaise nouvelle de la journée: Jean a perdu ses lunettes de soleil. Non seulement il risque d’être ébloui pendant la journée, mais il va également recevoir toute la poussière envoyée par les camions que l’on croise.
La route est beaucoup plus facile que la veille: la piste est toujours bonne mais maintenant, c’est tout plat ! On profite des paysages et de la sensation d’isolement. Les camions que je m’imaginais défiler chaque minute ne sont que quelques dizaines par jour. Finalement, elle est tranquillou cette petite route…
Sur le chemin, on se fait dépasser par un couple de l’Oregon qui va également au Cercle arctique. Plus tard, on les croisera qui reviennent: ils nous offrent sandwiches, biscuits et eau. La politesse et la bonne éducation disparaissent devant la faim (alors oui, quand on fait du vélo, on a TOUJOURS faim) et on accepte tout sans trop rechigner (je crois qu’on omet même les deux refus règlementaires).
On s’arrête en haut de Finger Mountain pour se reposer un peu lorsque l’on voit un gars sortir de la toundra: c’est un Belge qui vient de faire 10 jours de rando dans l’arrière-pays et qui vient de finir ! On n’en revient pas et on papote avec lui pendant qu’il fait du stop pour rentrer a Fairbanks. Comme quoi, on n’est pas les seuls allumés sur la Dalton…
On arrive le soir au cercle arctique, marqué par un panneau. Il y a également un petit camping. On y retrouve le couple d’Anchorage de la veille qui nous offre le repas. Ils décident de fêter l’arrivee au cercle arctique avec nous et on a droit à du champagne et à un petit feu d’artifice. On s’endort émus.

23 août: Arctic Circle (mile 115) - Coldfoot (mile 175)
Dernier jour avant d’être complètement seuls, la plupart des touristes s’arrêtant à Coldfoot avant de faire demi-tour. On taille la route non sans avoir pris la traditionnelle photo devant le panneau indiquant le cercle arctique. Pour encourager les voitures à aller plus loin que le cercle arctique, l’autoroute est pavée jusqu’à Coldfoot. On rencontre un Brésilien en mobylette qui nous prend en photo avant de continuer sa route vers le sud. On s’arrête pour manger devant la station de pompage n°5; il y a des stations de pompage tout le long du pipeline entre l’océan Arctique et Valdez, 800 miles au sud. L’endroit semble rêvé pour un film de James Bond: un immense bâtiment au milieu de la toundra et rien d’autre aux alentours.
Arrivée a Coldfoot après de nombreuses côtes non indiquées dans le Milepost: je vois Jean s’énerver de plus en plus contre le rédacteur de la partie sur la Dalton Highway. Petit arrêt au Visitor Centre de Coldfoot où l’on obtient notre certificat de franchissement du cercle arctique. Repas au buffet où l’on rencontre un routier qui nous a vus deux jours plus tôt: on papote et il a l’air impressionné par ce que l’on fait; ça fait toujours plaisir. Il nous dit aussi qu’Atigun Pass est vraiment difficile, même si une carte postale représentant le col nous rassure un peu. Dodo sans le double toit pour essayer de voir une aurore boréale.

24 août: Coldfoot (mile 175) - juste après Atigun Pass (mile 249)
Aujourd’hui, c’est la grosse journée de la Dalton. Non seulement c’est la plus longue (en distance), mais c’est également celle qui contient la plus grosse difficulté du voyage: le col d’Atigun. On va monter de 720 mètres en 7 kilomètres.
Ça commence mal dès le matin: il fait tellement froid que l’on fait de la buée en expirant. Aucun de nous deux ne veut sortir du duvet. On sait que la journée va être longue et on décide de rouler assez vite au début. La piste n’est pas terrible et je fais une fringale: je commence à voir flou et je sens que je vais m’évanouir. Ça m’arrive de plus en plus souvent. On fait une petite pause et Jean prend le relais pour me soulager un peu. On fait une petite pause au bord de la rivière 15 miles avant le col d’Atigun. Alors que je me sens bien pendant la pause, les 15 miles sont très difficiles: on n’avance pas, même sur le plat. Le stress doit y être pour quelque chose. La première côte, Chandalar Shelf, 2 miles à 10%, est facile. Je me permets même de prendre plein de photos de gens. On arrive à un plateau avec une vue fantastique. On pédale tranquillement sur le plateau avant d’atteindre la deuxième côte, le col d’Atigun lui-même. Enhardis par Chandalar Shelf, on se dit que ça ne va pas être si terrible et que, de toute façon, on est maintenant super en forme. Et là, c’est l’horreur… Deux miles et demi à 12% avec de la pluie et le vent de face. On roule dans la boue à 4 km/h, à la limite. Il fait 5°C et on pèle de froid, d’autant plus qu’on est trempés. Pendant la montée, une voiture nous dépasse et la passagère nous prend en photo. Lorsqu’elle repasse, je l’arrête et lui demande de nous les envoyer. Quitte à souffrir, autant avoir un souvenir… Après 1h10 de montée, on arrive enfin au sommet: Jean laisse éclater sa joie et je fonds en larmes. Nerveusement épuisés, on vient de franchir la dernière difficulté du voyage. On décide de camper juste en bas de la côte, dans un camp de maintenance de l’autoroute abandonné. Le paysage est sublime et on déguste nos pâtes (700 grammes, sans huile ni sel ni accompagnement, comme d’habitude) bien méritées. Désormais, plus rien ne peut nous arrêter. On oublie le réveil pour demain pour enfin dormir tout notre soûl.

25 août: pied d’Atigun Pass (mile 249) - plateau au milieu de nulle part (mile 299)
On reste longtemps au lit et on profite d’un bon petit déjeuner. Lorsque l’on se décide à partir, il est 13h30. Après être sortis du Brooks Range, on pédale dans la vallée. Alors que l’on s’est arrêtés pour manger (après seulement 1h30 de route, mais qu’importe), un cycliste s’arrête pour papoter: il est pilote d’hélicoptère pour l’entreprise qui s’occupe du pipeline. Il profite de son temps libre pour faire du vélo ou de la randonnée dans le coin, au milieu de nulle part. On est envieux. La suite de la journée sera difficile, le plat attendu étant remplacé par un paysage vallonné. En revanche, la vue est fantastique et l’impression de fin du monde bien présente. Jean me répète constamment qu’il faut que je profite de ces moments qui sont uniques dans une vie. On s’arrête en haut d’une colline, près d’un lac. On est entourés de chasseurs visiblement jaloux du lieu de notre campement: pas question de leur laisser, on était là avant ! Après avoir observé un renard le soir, on se couche, toujours sans double toit. Durant la nuit, petite aurore boréale, que Jean snobbe. Il en veut une vraie !

26 août: plateau au milieu de nulle part (mile 299) - station de pompage n°2 (mile 368)
La journée commence avec une longue descente et l’on s’arrête à un camp de maintenance de l’autoroute pour trouver de l’eau. On est toujours intrigués par ces camps sans vie au milieu de nulle part. Après une côte à 16%, on s’arrête pour déjeuner. Alors que l’on fait notre sieste digestive, un camiom de l’entreprise du pipeline s’arrête, dépose du jus de raisin et des cacahuètes avant de s’arrêter plus loin. Croyant qu’il vient manger avec nous, Jean va le voir pour parler un peu. Le gars vient en fait de nous offrir tout ça en s’excusant de ne pas pouvoir faire plus. La gentillesse des gens que l’on rencontre ne cesse de nous étonner. On repart puis l’on s’arrête en bord de rivière pour prendre de l’eau (nos vélos sont si lourds qu’on ne veut pas transporter trop d’eau, mais le soleil tape). On y rencontre une femme qui vient de pêcher et nous propose un poisson: malgré l’envie de manger autre chose que des pâtes et du gruau, l’idée de devoir le préparer et le cuire au milieu des ours ne nous enchante pas. Le coeur fendu, on refuse. Un peu plus tard, on rencontre nos premiers boeufs musqués: poilus, lents, placides, on dirait des animaux préhistoriques. Jean me confie qu’il ne regrette pas d’en avoir mangé en stroganoff.
Le vent de face qui ne cesse de souffler depuis le matin nous épuise. On a envie de s’arrêter mais on veut s’approcher de l’océan arctique pour être sûrs d’arriver à Deadhorse avant midi. En effet, cela nous permettra de faire le tour organisé de 14h qui nous amènera à l’océan. À contrecoeur, on continue et on pose le camp dans la toundra, un peu après la station de pompage n°2. Le paysage est incroyablement plat et il commence sérieusement à faire froid. C’est notre dernier jour avant l’océan arctique et ni Jean ni moi ne nous rendons compte de ce que nous sommes en train de réaliser.

27 août: station de pompage n°2 (mile 368) - Océan Arctique ! (mile 414)
On se réveille à 5h30 pour arriver le plus tôt possible à Deadhorse. Il fait -6°C et le début est très difficile. Alors que l’on range les affaires pour partir, je ne trouve pas mon lecteur MP3. Et nous voilà, congelés, cherchant mon lecteur MP3 dans la toundra, à moins de 50 miles de l’océan arctique. Après 20 minutes à trépigner, je pense à regarder dans mon duvet: Jean l’y avait involontairement glissé… On peut enfin partir ! Il fait -4°C quand on part et on file à plus de 30 km/h. On voit un caribou lors de la pause barre. Les derniers kilomètres sont chargés d’émotion. Des gens nous doublent et nous félicitent (encore plus quand ils apprennent qu’on vient de Vancouver et pas de Fairbanks). On voit les milepost défiler, 411, 412, 413… On rate le milepost 414 et on arrive dans Deadhorse, ville-chantier où dorment les ouvriers travaillant dans le champ pétrolifère. On cherche l’hôtel organisant les tours pour l’océan arctique et l’on s’y arrête, submergés par l’émotion. On ne comprend pas ce qui arrive, que c’est la fin de l’aventure. Il est midi pile, nous sommes partis depuis 8 semaines et 1 jour et nous sommes à l’océan arctique.
Après quelques péripéties, on embarque pour le tour organisé, vaste escroquerie ne manquant pas de faire l’apologie du cahmp pétrolifère. À cause de la présence d’ours polaires au large, on ne peut pas se baigner dans l’océan mais juste y tremper nos mains. C’est affligeant, mais on le fait pour marquer le coup. Au retour, le gérant, pour nous féliciter de notre aventure, nous offre le souper ! Encore un repas à volonté qui fait du bien. On s’endort derrière l’hôtel, au milieu d’une décharge. Le contraste avec les jours précédents est saisissant…
Demain, on fait du stop pour rentrer à Fairbanks.

Stanislas - Félix et Alexandre
Stanislas - Félix et Alexandre (encore !)
Enfant Soleil - Di Zhang
Enfant Soleil - Jeth Guerrero
Kincardine in Menteith - Anonyme
Kincardine in Menteith - Anonyme

Mission accomplie

Ça y est ! Le lundi 27 août à 15 heures, nous avons trempé nos mains dans l’Océan Arctique, après huit semaines et 5200 kilomètres de route. Cette dernière étape se méritait: il faisait -6°C quand nous nous sommes réveillés ce matin à 5h et -4°C quand nous sommes partis.

La suite fut plus épique. La navette devant nous ramener a Fairbanks n’est jamais venue et nous ne voulions pas prendre l’avion pour rentrer. Nous avons donc fait du stop pendant deux jours avant d’être pris par un routier le 29 août à 19h. Après 18 heures de route donc 5 passées à dormir, nous sommes arrivés à Fairbanks aujourd’hui, épuisés mais heureux.

Nous prenons maintenant un jour de repos avant de repartir pour Anchorage le 1er septembre.

Des nouvelles plus détaillées très bientôt…

Jean et Nicolas

Cercle polaire

Bonjour,

Jean et Nicolas sont maintenant au nord du cercle polaire. Ils ont plus ou moins dormi à son niveau dans la nuit de mercredi à jeudi. Aujourd’hui ou demain ils devraient passer le col Atigun (1415m d’altitude) et en conséquence avoir quelques jolies côtes à grimper… Mais ils ont semble-t-il un temps superbe et les paysages sont bien plus beaux que ce à quoi ils s’attendaient. Si ils tiennent le rythme ils devraient arriver à Prudhoe Bay dimanche ou lundi, avant de revenir vers Fairbanks en faisant du stop.
Sans doute d’ailleurs qu’ils n’auront aucun accès à internet avant leur retour à Fairbanks.

Voici une idée de leur trajet entre Fairbanks et Prudhoe Bay, le col Atigun se trouve (je crois) là où il y a la “petite” chaîne de montagnes blanchâtre. (vous pouvez double cliquer sur la carte pour vous “rapprocher”)

Agrandir le plan

Par ailleurs, passant à Fairbanks devant une balance à marchandises, ils ont eu l’occasion de peser leurs vélos. Sachant qu’ils ont tout leur équipement et qu’ils avaient à ce moment là de la nourriture pour 12 jours, combien pesait le vélo de Nicolas ? Je n’en ai aucune idée moi-même et nicolas n’a pas encore déterminé ce que gagnera la personne qui tombera le plus proche de la bonne réponse, mais n’hésitez pas à proposer des réponses dans les commentaires.

Enfin, puisqu’ils n’ont pas internet, j’ai rajouté moi-même trois nouveaux dessins.


mumu

Chanda - Ecole enfant soleil

Elena - Ecole Stanislas

David - Ecole enfant soleil

Vous avez encore des questions ?

Voici quelques réponses aux questions posées par les enfants des écoles. (Toutes les questions sont toujours visibles ici)

Où allez-vous mettre votre roue de secours ?
Nous avons chacun un pneu pliant de secours ainsi que des rayons de rechange. Toutefois, nous n’avons heureusement pas eu à les utiliser jusqu’à présent.

Vous allez prendre combien de vêtements ?
Nous venons de racheter des vêtements chauds si les conditions climatiques à Prudhoe Bay se dégradent réellement. En tout, nous avons à peu près 5 hauts, 2 pantalons et 4 paires de sous-vêtements chacun.

Comment laverez-vous vos vêtements ?
Nous avons un nettoyant tous usages et une bassine pliable (voir ici).

S’il y a un grizzli, que ferez-vous ?
La question est plutôt: qu’avons nous fait lorsque nous avons vu un grizzly ? Nous nous sommes arrêtés dès que nous l’avons aperçu. Ensuite, tout en reculant lentement (sans pour autant le quitter du regard et en évitant de le regarder dans les yeux), nous nous sommes identifiés en tant qu’humains en parlant et en agitant les bras calmement. Si le grizzly devient agressif et que le contact est imminent, nous avons un spray anti-ours qui lui enlève tout velléité offensive.

Comment les gens luttent-ils contre le changement climatique ?
Même si beaucoup de gens se sentent concernés par le changement climatique, peu d’entre eux font des efforts au quotidien pour améliorer la situation.

Comment la vie des premières nations a-t-elle changé ?
Le mode de vie des Premières Nations a profondément changé ces dernières années, indépendamment du changement climatique. Toutefois, les effets les plus notables du réchauffement de la planète sur leur mode de vie sont dus au changement des routes migratoires de certaines espèces. En conséquence, certaines communautés sont amenées à se déplacer ou à disparaître. (Voir la note sur le changement climatique)

Changement climatique

L’une des idées principales est de discuter avec les gens que l’on rencontre sur notre route de leur perception du changement climatique et des conséquences sur leur mode de vie. Voici un premier résumé de tout ce que nous avons recensé jusqu’à maintenant. En Alaska, Fairbanks a connu son mois de janvier le plus chaud et son mois de février le plus froid depuis que les statistiques existent (annees 20). Il y a eu beaucoup de neige jusque très tard (7m50 au niveau de la mer et 30 mètres en altitude au mois de mai). L’une des conséquences est que les ours sont sortis d’hibernation plus tard que d’habitude et sont donc encore en recherche de nourriture à cette époque-ci de l’année. C’est l’une des raisons pour lesquelles les personnes voyageant en pays ours doivent être particulièrement prudentes. Une autre conséquence du réchauffement est le changement de certaines routes migratoires. Les saumons et les caribous en sont les deux principaux exemples. Cela a de graves conséquences pour les natifs (premières nations). Les lieux où ces communautés ont vécu depuis plusieurs centaines d’années ont été choisis pour la nourriture, animale et végétale (culture), qu’ils fournissent. Beaucoup d’entre eux sont donc sur des routes migratoires. La modification de ces dernières implique que ces communautés vont devoir se déplacer pour se nourrir. De la même manière, la fonte des glaces les menace aussi. Ils sont en effet victimes des mêmes problèmes que les ours polaires. L’ours se nourrit presque exclusivement de phoques qu’il trouve sur la glace. La fonte des glaces implique qu’il doit nager de longues distances avant de trouver de la glace (et donc un phoque). On voit de plus en plus d’ours polaires mourir d’épuisement ou de faim. Le problème est le même pour les natifs en ce sens qu’ils vont se nourrir en hiver de phoques et autres espèces vivant sur la glace. Aujourd’hui, ils chassent presque exclusivement en scooter des neiges. La fonte des glaces les empêche d’atteindre leurs lieux de chasse habituels et, là encore, cela signifie à moyen terme le changement de l’implantation de certains villages. Une conséquence moins évidente du rechauffement climatique est la maladie de la coccinelle à pin ( “pine beetle disease”). Cette espèce a été présente en Colombie-Britannique depuis un certain temps, mais jusqu’il y a quelques années, les larves mourraient pendant l’hiver du fait du froid et la population était donc limitée. Le réchauffement a pour conséquence que ces larves ne meurent plus. La population ne cesse donc de croître et, comme cette espèce s’attaque aux arbres, une proportion colossale des forêts de Colombie-Britannique est en train d’être détruite (il faut cinq ans à un arbre pour mourir une fois attaqué). Nous avons vu des forêts malades à perte de vue.
Nous avons subi les records suivants:

- les plus grosses inondations depuis 30 ans à Vanderhoof

- les plus grosses précipitations à Whitehorse depuis 1974

Pour ce qui est des comportements, nous avons constaté la prédominance des 4×4 et pick-ups sur la route et le nombre d’énormes bus - camping cars (qui trainent en général  un 4×4 derrière eux). En revanche, le système de consigne pour les bouteilles est vraiment répandu: une vieille idée simple pour un recyclage garanti.

Astuce du jour: Alayna nous a offert un porte-monnaie fait à partir de briques de jus de fruits. C’est étanche et écologique: une idée à retenir.

En garde la Dalton

7 août: Whitehorse- Summer Camp quelque part sur la Klondike, 102 km

Petit déjeuner “All you can eat” puis départ de Whitehorse. Il est midi, on a eu le sommeil lourd. Petite émotion au moment de prendre l’embranchement vers la Klondike Highway. Ca y est, on va faire 220 km de plus juste pour prendre la Top of the World. La Klondike est chiante: des paysages inintéressants et pas de bas-côtés. En plus, on n’a pas de jambes. On découvre les premiers vrais décors nordiques sous la pluie: des plaines de toundra et de sapins. On se rend peu a peu compte que le trajet va être chiant jusqu’a Dawson City, ce qui nous donne un petit moral.

Après une journée galère, on s’arrête dans un camp de vacances vide. C’est un super emplacement en bord de lac et on fait une chasse au trésor pour trouver les cabanons ouverts: c’est un retour vingt ans en arrière. On se fait un feu sous les gouttes, apprécie nos pâtes et au dodo. — Nicolas

8 août: Summer camp - Tetcha Creek (je crois), 105 km

Journée qui sera identique à la précédente: ça monte, ça descend, on s’emmerde et les jambes sont toujours absentes. Petit arrêt à Carmacks-la-glauque, charmante bourgade yukonnaise: on vous recommande la station-service pour un dîner en amoureux.

On arrive enfin au camping au pied d’une énorme côte: dîner rapide et on plonge dans les duvets humides de la veille. Atmosphère, atmosphère… — Jean

9 août: Tetcha Creek - Stewart Crossing, 152 km

On avale les 80 premiers km comme des fusées avant la pause-repas. On se dit que le reste va se faire sans problème et… ce n’est pas le cas. On commence par 4 km de montée sur de la piste boueuse en guise de digestif: ça fait très mal. On enchaîne avec un vent de face, du relief, et nous filons désormais à la vitesse ahurissante de 12 km/h. A ce train-là, on arrive au camping à 22h30. Nicolas muscle alors son jeu et nous relance. On arrive au camping vidés, mais à 20h. Rien ne peut apaiser notre appétit: je prends un burgers, deux desserts et… j’ai encore la dalle (petite pensée pour les patagons). Nicolas, qui ne sait pas mettre un cuissard correctement, a le postérieur pulvérisé. Le réveil demain s’annonce des plus croustillants. — Jean

10 août: Stewart Crossing - Klondike River Lodge (jonction avec la Dempster Highway), 137 km

Comme les jours précédents, les heures sont longues, on regarde nos guidons et on essaye d’avancer comme on peut. Petit pincement au coeur au moment de croiser la jonction avec la Dempster Highway, autre route nous permettant d’accéder à l’Océan Arctique (en prenant l’avion a Inuvik, toutefois). Mais il fallait faire un choix. Au moins, demain, on arrive à Dawson City. — Jean

11 août: Klondike River Lodge - Dawson City, 40 km

Surprise au réveil, il fait -2 degrés C (en plein mois d’août !). Toutes nos affaires sont givrées et Nico se gauffre artistiquement sur les escaliers en bois menant aux toilettes. De retour, il casse un piquet de tente juste en marchant dessus. On se prend une bonne douche (la première depuis plus d’une semaine) et, avant de partir, on rencontre un couple de Vancouver Island que l’on avait déjà croisé sur la Cassiar; ils reviennent de la Dempster et nous annoncent l’inimaginable: un ours polaire a été vu pour la deuxième fois de l’histoire sur l’autoroute.
Copyright : http://nnsl.com/northern-news-services/stories/papers/aug13_07bear.htmlOn va vérifier avant de se lancer vers l’Arctique.

Les 40 km sont avalés à 25 km/h de moyenne. Dawson City est une révélation: de vieilles maisons type western, des rues en terre et une ambiance vraiment chouette. Le moral est de retour après plusieurs jours sans intérêt: c’est la récompense de la Klondike. On décide qu’on ne repartira que demain après-midi. Je déguste un ragoût de caribou (tellement vite que le serveur abasourdi me demande si je veux un deuxième plat) pendant que Nicolas tente pour la premiere fois du voyage le saumon. Les vélos sont bichonnés et on s’endort. — Jean

12 août: Dawson City - Clinton Road, 56 km

Matinée pépère et départ à 15 heures. On traverse la Yukon River par ferry et on attaque la Top of the World Highway. Saura-t-elle justifier les quatre jours passes sur la Klondike ?

Dès le début, 17 km de montée sur de la piste alors que l’on nous avait annoncé une route pavée jusqu’à la frontière. Une fois au sommet (atteint après deux heures), on est sous le charme: la route longe la crête et on voit toutes les montagnes alentour. Il fait un temps magnifique et on décide de rouler tard. Juste apres un col, je stoppe brutalement. Il est la, brun, marchant au bord de la route dans notre direction: notre premier grizzly. Ca mate sévère… On applique à la lettre la procédure d’urgence: on lui parle doucement, on se recule et on s’identifie comme humains en agitant les bras. Normalement, c’est là qu’il doit s’arrêter ou s’enfuir. Mais nous avons affaire à un sauvageon et il continue de s’approcher tout en ne nous quittant pas des yeux. Soudain, notre sauveur surgit a moto: on lui présente la situation et lui demande son aide. Il propose de distraire l’ours en l’effrayant pour nous laisser le temps de partir. Il allume son moteur et, a ce moment, l’ours se dresse sur ses pattes de derrière (j’indique à Nicolas qu’il s’agit d’une réaction normale lorsque l’ours veut évaluer une situation). Le moteur s’approche de l’ours en klaxonnant, ce dernier filant dans les fourres. Bien que le motard nous fasse signe de passer, on reste plantés la sachant qu’il ne faut jamais s’enfuir devant un ours. Le grizzly contourne alors le motard et recommence a s’approcher de nous. Il n’est plus alors qu’à une trentaine de mètres. En plein stress, on demande au motard de venir s’interposer. Cette fois-ci, plus d’hésitation, on s’en va, passant à vélo devant l’ours à nouveau dressé sur ses pattes arrière, nous regardant et se demandant encore ce qu’étaient ces deux créatures étranges qui ont interrompu sa promenade du soir. Quant à nous, nous n’en menons pas large et sommes quittes pour un bon rappel à l’ordre: les ours sont partout ! On décide de planter rapidement la tente, ce que l’on fera au sommet d’une colline 15 km après. On se dit que la nuit va etre agitée. — Jean

13 août: Clinton Road - premier camping BLM apres la frontiere, 80 km

Bonne saucée pendant la nuit, mais pas d’ours. En revanche, c’est une brume épaisse qui nous entoure au réveil. On ne voit pas à 50 mètres. Encore une rencontre avec le couple de Vancouver Island puis on repart, la brume s’étant un peu levée. Ça grimpe et, à l’approche de la frontière, le vent se lève et la pluie se met à tomber. N’étant pas protégés car sur la crête, nous peinons à maintenir nos vélos droits (embed video) et nous en bavons.

On arrive enfin au poste-frontière et on découvre une pauvre cabane, perdue au milieu de nulle part. Trempés, on demande refuge a la douanière. On restera 1h30 au poste, ce qui nous permettra de nous réchauffer, de manger au sec, et même d’utiliser leurs toilettes. On repart également avec un magnifique tampon de caribou chacun. Petit arrêt jus de fruit a Boundary dans un bar - station-service miteux et arrivée au camping où l’histoire du grizzly se répand rapidement. Héros de la soirée, on s’endort après un bon feu. Ca y est, nous sommes en Alaska…

Alaska, les voilà !

Jean et Nicolas ont passé la frontière de l’Alaska mercredi (ou mardi, je ne suis plus certaine). Ils prévoient en tout cas d’arriver à Fairbanks dès demain soir. Ils ont également vu leur premier grizzli. La bonne nouvelle, c’est qu’ils semblent être ressortis indemne de cette rencontre, même si je n’ai pas encore eu les détails.
Pour fêter toutes ces nouvelles, j’ai ajouté deux nouveaux dessins.
Par ailleurs, si vous souhaitez mieux visualiser le trajet parcouru jusqu’à maintenant par Jean et Nicolas (en fait, le chemin parcouru jusqu’à Whitehorse, je n’ai pas encore les détails de leur parcours plus récent), vous pouvez le faire ici. Pour chaque étape, si vous cliquez sur le repère, vous pourrez lire la partie de leur journal correspondante, et voir une ou deux photos.


Histoires d’ours

On s’est dit que ca valait le coup de rédiger un post sur les ours afin de présenter les différentes histoires que nous avons entendues et la manière dont se sont déroulées les rencontres entre eux et nous jusqu’à aujourd’hui (qui sait de quoi demain sera fait ?). Il a été bien difficile pour nous de se forger une opinion: certaines personnes vont vous présenter les ours comme des bêtes terribles susceptibles de vous sauter dessus à n’importe quel moment et de vous dévorer comme du pâté, d’autres vous expliquent qu’il s’agit plutot de jolies bêtes poilues. De plus, il est très difficile d’obtenir des chiffres suir le nombre d’accidents arrivant chaque année et les circonstances. Etant donnée la manière dont nous voyageons, nous sommes plus exposés que la plupart des autres voyageurs (nous avons par exemple vu un panneau expliquant que les ours sont des animaux dangereux et que les touristes doivent rester dans leur voiture). Nous avons donc rencontré un chasseur d’ours nous racontant que son jeu préféré était de s’approcher à petits pas derrière un ours lorsque ce dernier sort de l’hibernation et de faire ” Bouh ! “, l’ours détalant a toute allure, terrorisé. Il nous a également dit que la seule situation vraiment dangereuse était celle ou l’on se trouvait entre la mère et ses petits et que l’un des petits se mettait à pleurer.
Nous avons ensuite rencontré a Jasper un couple de Fairbanks qui nous a raconté comment l’oncle et la tante d’un ami se sont fait tuer par un grizzly au cours d’une randonnée. Ils ajoutent que les problèmes n’arrivent qu’avec les ours grognons qui ont de mauvaises dents.
Enfin, nous avons rencontré un couple d’Allemands à Kitwanga qui nous ont parlé d’un couple mangeant dans un camping lorsqu’un grizzly a surgi, attiré par la nourriture, et les a attaqués tous les deux. L’homme est resté 8 mois à l’hopital (mais les cicatrices sur le visage ne se voient presque plus, parait-il).

Quant à nous, nous avons pour le moment rencontré 7 ours noirs. Leurs réactions sont de deux types:
- ils détalent a toute allure des qu’ils nous voient
- ils continuent de machouiller leur branche tranquillement en nous regardant passer d’un air placide

Nous n’avons pas encore vu de grizzly pour le moment, mais nous ne manquerons pas de vous prévenir si leur attitude diffère.

Dawson City

Salut a tous,

Juste un petit message pour vous dire qu’on est arrivés a Dawson City ce matin. La route depuis Whitehorse a été assez inintéressante, même si elle a été l’occasion de vraiment rentrer dans le Nord. Ce matin, il faisait -2 au réveil et il y avait du givre sur toutes nos affaires.

Petit repos a Dawson City, entre les saloons et les rues en terre, avant d’entamer la Top of the World Highway demain et peut-être de quitter le Canada pour l’Alaska.

Pas de photos ni de vidéos pour cette mise à jour rapide, mais elles seront en ligne un jour, promis. — Nicolas