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14 août: BLM Campground – Aire de repos sans nom
Pas grand-chose à dire sur cette journée. Nous avons été dépassés par un convoi exceptionnel dans une montée, ce qui nous a un peu fait flipper. Très gros orage vers midi qui nous a forcé à nous abriter pendant plus d’une heure. On n’est pas passés loin du deuxième dans la soirée, mais celui-là nous a gentiment contournés.

15 août: aire de repos sans nom – Tok
C’est la fin de notre détour par Dawson City et le retour sur la Alaska Highway. On essaye de se réhabituer au trafic. Petit arrêt à Tok où l’on rencontre un cycliste israélien qui est parti de Prudhoe Bay pour aller jusqu’en Terre de Feu (encore un !). Il nous donne plein d’infos sur la Dalton Highway, la route entre Fairbanks et l’océan Arctique. On pousse un peu et on installe le camp sur une aire de repos qui possède un joli point de vue. Pas de poubelles anti-ours, pas d’arbres où accrocher la nourriture: tant pis, on verra bien ce qu’il arrivera.

Tok – Rika’s roadhouse
On se réveille de bonne humeur, profitant du point de vue. On est encore plus heureux quand une équipe vient nettoyer les toilettes sèches de l’aire de repos. Fous de joie, on profite de l’odeur parfumée : on est au paradis (vu l’était dans lequel on est, il nous en faut assez peu).
Une fois de plus, la route est inintéressante. On en profite pour rouler vraiment vite. Jean qui m’annonce ne pas avoir de jambes fait du 25 de moyenne. On s’arrête à Rika’s roadhouse où il y a un restaurant. On s’y arrête pour découvrir qu’il ferme à 17h. Une fois de plus, ce sera des pâtes pour le dîner. On en profite également pour étendre les tapis de sol et les sacs de couchage pour les faire sécher. Alors qu’on mange, la pluie se met à tomber. On se retrouve avec du matos bien plus trempé qu’avant… On monte la tente à toute vitesse et on s’engouffre dans nos sacs de couchage mouillés. Choueeeeeeeeeette.
Demain, on arrive à Fairbanks !

Rika’s roadhouse – Fairbanks
On glande pendant la matinée, profitant du soleil. Et puis, on a trois jours d’avance sur le planning, on peut bien en profiter. On roule sur un bas-côté ridicule, dépassés en permanence par des conducteurs inattentifs: dur retour à la réalité. On passe devant une base militaire dans lequel s’égaille un caribou. Après avoir eu les jambes coupées, j’essaye de redonner du rythme et on arrive à toute allure à Fairbanks. Deux jours de repos et hop, vers l’Arctique !

20 août, Fairbanks – Livengood, 130 km (à peu près)
Départ de Fairbanks. On est super excités ! On va enfin découvrir la route que l’on attend depuis 18 mois. Tout le monde nous a promis l’horreur: de la sale piste, des camions qui nous rasent en nous envoyant des gros cailloux. On part avec 12 jours de nourriture pour parer a toute éventualité. Le résultat ne se fait pas attendre: je pèse mon vélo avant de partir pour découvrir ahuri qu’il fait 59 kgs ! La Elliott Highway qui va nous mener à la Dalton n’a aucun intérêt. Comme en plus elle n’arrête pas de monter et descendre, ça nous casse les jambes. Jean aperçoit un lynx sur le bord de la route (je n’aurai pas cette chance). Vers la fin, il en a super marre et je dois le motiver pour pousser jusqu’à la fin. On arrive finalement au bout et on se couche en bordure d’autoroute, à 5 kilomètres du début de la Dalton Highway.

21 août: Livengood – Hotspot Cafe (mile 60)
Au réveil, il fait froid et on sent la fatigue avant même d’être sur les vélos. Petite discussion avec un camionneur qui s’arrête sur notre aire de repos. On essaye d’avoir autant d’informations que possible sur l’état de la Dalton, mais sans grand succès.
Après quelques kilomètres d’Elliott, on arrive à l’embranchement avec la Dalton. Grosse émotion. Etre là est déjà une réussite en soi. Les premiers kilomères Daltonesques apaisent nos craintes: la piste n’est pas si mal et, surtout, les camionneurs font extrêmement attenion à nous. Ils laissent beaucoup de place quand ils dépassent et ralentissent à notre approche. Finalement, le pire reste le relief: là encore, on n’arrête pas de monter et de descendre et ça nous détruit. Au mile 19, sans raison, une route pavée superbe commence. On s’amuse comme des petits fous et on peut enfin tracer un peu. Après 5 miles, ça redevient de la piste. Quelques kilomètres plus loin, on arrive à une bonne petite montée en terre. On la commence, galérant raisonnablement. Au milieu, un camion arrive derrière nous. Comme il ne peut pas changer de file, on se range sur le bas-cote pour le laisser passer. Et là, ce con inonde la route ! Ils font ça pour limiter la poussière. La contrepartie, c’est que l’on doit maintenant rouler dans la boue et que ça devient super galère…

La fin de la route se fait difficilement. On découvre dans le MILEPOST qu’il y a 5 miles de montée difficile entre le mile 38 et le mile 46. On se dit qu’on va en chier. Au mile 37, ce fut comme une apparition: les voitures sont arrêtées car la section est en travaux. Nous n’avons pas le choix et devons monter dans la voiture pilote pour traverser les 10 miles de la zone de construction. 30 minutes après, nous voilà au mile 47, la dernière difficulté de la journée traversée. Et on ne se sent même pas coupable sachant que nous n’avions pas le choix ! Si c’est pas merveilleux, ça…
On dort dans un terrain jouxtant un boui-boui dont le choix en alcools n’a d’égal que l’amabilité de la tenancière: pas de binouze pour Jeannot ! On rencontre un couple d’Anchorage avec qui on papote un peu: c’est la première fois qu’ils vont sur la Dalton. On décide de jouer au freesbee et là, c’est le drame: je l’ai perdu quelque part sur la Dalton. On ne l’aura jamais utilisé ! Dépités, on va se coucher. Demain, on devrait arriver au Cercle polaire arctique !

22 août: Hotspot Cafe (mile 60) – Arctic Circle (mile 115)
Première mauvaise nouvelle de la journée: Jean a perdu ses lunettes de soleil. Non seulement il risque d’être ébloui pendant la journée, mais il va également recevoir toute la poussière envoyée par les camions que l’on croise.
La route est beaucoup plus facile que la veille: la piste est toujours bonne mais maintenant, c’est tout plat ! On profite des paysages et de la sensation d’isolement. Les camions que je m’imaginais défiler chaque minute ne sont que quelques dizaines par jour. Finalement, elle est tranquillou cette petite route…
Sur le chemin, on se fait dépasser par un couple de l’Oregon qui va également au Cercle arctique. Plus tard, on les croisera qui reviennent: ils nous offrent sandwiches, biscuits et eau. La politesse et la bonne éducation disparaissent devant la faim (alors oui, quand on fait du vélo, on a TOUJOURS faim) et on accepte tout sans trop rechigner (je crois qu’on omet même les deux refus règlementaires).
On s’arrête en haut de Finger Mountain pour se reposer un peu lorsque l’on voit un gars sortir de la toundra: c’est un Belge qui vient de faire 10 jours de rando dans l’arrière-pays et qui vient de finir ! On n’en revient pas et on papote avec lui pendant qu’il fait du stop pour rentrer a Fairbanks. Comme quoi, on n’est pas les seuls allumés sur la Dalton…
On arrive le soir au cercle arctique, marqué par un panneau. Il y a également un petit camping. On y retrouve le couple d’Anchorage de la veille qui nous offre le repas. Ils décident de fêter l’arrivee au cercle arctique avec nous et on a droit à du champagne et à un petit feu d’artifice. On s’endort émus.

23 août: Arctic Circle (mile 115) – Coldfoot (mile 175)
Dernier jour avant d’être complètement seuls, la plupart des touristes s’arrêtant à Coldfoot avant de faire demi-tour. On taille la route non sans avoir pris la traditionnelle photo devant le panneau indiquant le cercle arctique. Pour encourager les voitures à aller plus loin que le cercle arctique, l’autoroute est pavée jusqu’à Coldfoot. On rencontre un Brésilien en mobylette qui nous prend en photo avant de continuer sa route vers le sud. On s’arrête pour manger devant la station de pompage n°5; il y a des stations de pompage tout le long du pipeline entre l’océan Arctique et Valdez, 800 miles au sud. L’endroit semble rêvé pour un film de James Bond: un immense bâtiment au milieu de la toundra et rien d’autre aux alentours.
Arrivée a Coldfoot après de nombreuses côtes non indiquées dans le Milepost: je vois Jean s’énerver de plus en plus contre le rédacteur de la partie sur la Dalton Highway. Petit arrêt au Visitor Centre de Coldfoot où l’on obtient notre certificat de franchissement du cercle arctique. Repas au buffet où l’on rencontre un routier qui nous a vus deux jours plus tôt: on papote et il a l’air impressionné par ce que l’on fait; ça fait toujours plaisir. Il nous dit aussi qu’Atigun Pass est vraiment difficile, même si une carte postale représentant le col nous rassure un peu. Dodo sans le double toit pour essayer de voir une aurore boréale.

24 août: Coldfoot (mile 175) – juste après Atigun Pass (mile 249)
Aujourd’hui, c’est la grosse journée de la Dalton. Non seulement c’est la plus longue (en distance), mais c’est également celle qui contient la plus grosse difficulté du voyage: le col d’Atigun. On va monter de 720 mètres en 7 kilomètres.
Ça commence mal dès le matin: il fait tellement froid que l’on fait de la buée en expirant. Aucun de nous deux ne veut sortir du duvet. On sait que la journée va être longue et on décide de rouler assez vite au début. La piste n’est pas terrible et je fais une fringale: je commence à voir flou et je sens que je vais m’évanouir. Ça m’arrive de plus en plus souvent. On fait une petite pause et Jean prend le relais pour me soulager un peu. On fait une petite pause au bord de la rivière 15 miles avant le col d’Atigun. Alors que je me sens bien pendant la pause, les 15 miles sont très difficiles: on n’avance pas, même sur le plat. Le stress doit y être pour quelque chose. La première côte, Chandalar Shelf, 2 miles à 10%, est facile. Je me permets même de prendre plein de photos de gens. On arrive à un plateau avec une vue fantastique. On pédale tranquillement sur le plateau avant d’atteindre la deuxième côte, le col d’Atigun lui-même. Enhardis par Chandalar Shelf, on se dit que ça ne va pas être si terrible et que, de toute façon, on est maintenant super en forme. Et là, c’est l’horreur… Deux miles et demi à 12% avec de la pluie et le vent de face. On roule dans la boue à 4 km/h, à la limite. Il fait 5°C et on pèle de froid, d’autant plus qu’on est trempés. Pendant la montée, une voiture nous dépasse et la passagère nous prend en photo. Lorsqu’elle repasse, je l’arrête et lui demande de nous les envoyer. Quitte à souffrir, autant avoir un souvenir… Après 1h10 de montée, on arrive enfin au sommet: Jean laisse éclater sa joie et je fonds en larmes. Nerveusement épuisés, on vient de franchir la dernière difficulté du voyage. On décide de camper juste en bas de la côte, dans un camp de maintenance de l’autoroute abandonné. Le paysage est sublime et on déguste nos pâtes (700 grammes, sans huile ni sel ni accompagnement, comme d’habitude) bien méritées. Désormais, plus rien ne peut nous arrêter. On oublie le réveil pour demain pour enfin dormir tout notre soûl.

25 août: pied d’Atigun Pass (mile 249) – plateau au milieu de nulle part (mile 299)
On reste longtemps au lit et on profite d’un bon petit déjeuner. Lorsque l’on se décide à partir, il est 13h30. Après être sortis du Brooks Range, on pédale dans la vallée. Alors que l’on s’est arrêtés pour manger (après seulement 1h30 de route, mais qu’importe), un cycliste s’arrête pour papoter: il est pilote d’hélicoptère pour l’entreprise qui s’occupe du pipeline. Il profite de son temps libre pour faire du vélo ou de la randonnée dans le coin, au milieu de nulle part. On est envieux. La suite de la journée sera difficile, le plat attendu étant remplacé par un paysage vallonné. En revanche, la vue est fantastique et l’impression de fin du monde bien présente. Jean me répète constamment qu’il faut que je profite de ces moments qui sont uniques dans une vie. On s’arrête en haut d’une colline, près d’un lac. On est entourés de chasseurs visiblement jaloux du lieu de notre campement: pas question de leur laisser, on était là avant ! Après avoir observé un renard le soir, on se couche, toujours sans double toit. Durant la nuit, petite aurore boréale, que Jean snobbe. Il en veut une vraie !

26 août: plateau au milieu de nulle part (mile 299) – station de pompage n°2 (mile 368)
La journée commence avec une longue descente et l’on s’arrête à un camp de maintenance de l’autoroute pour trouver de l’eau. On est toujours intrigués par ces camps sans vie au milieu de nulle part. Après une côte à 16%, on s’arrête pour déjeuner. Alors que l’on fait notre sieste digestive, un camiom de l’entreprise du pipeline s’arrête, dépose du jus de raisin et des cacahuètes avant de s’arrêter plus loin. Croyant qu’il vient manger avec nous, Jean va le voir pour parler un peu. Le gars vient en fait de nous offrir tout ça en s’excusant de ne pas pouvoir faire plus. La gentillesse des gens que l’on rencontre ne cesse de nous étonner. On repart puis l’on s’arrête en bord de rivière pour prendre de l’eau (nos vélos sont si lourds qu’on ne veut pas transporter trop d’eau, mais le soleil tape). On y rencontre une femme qui vient de pêcher et nous propose un poisson: malgré l’envie de manger autre chose que des pâtes et du gruau, l’idée de devoir le préparer et le cuire au milieu des ours ne nous enchante pas. Le coeur fendu, on refuse. Un peu plus tard, on rencontre nos premiers boeufs musqués: poilus, lents, placides, on dirait des animaux préhistoriques. Jean me confie qu’il ne regrette pas d’en avoir mangé en stroganoff.
Le vent de face qui ne cesse de souffler depuis le matin nous épuise. On a envie de s’arrêter mais on veut s’approcher de l’océan arctique pour être sûrs d’arriver à Deadhorse avant midi. En effet, cela nous permettra de faire le tour organisé de 14h qui nous amènera à l’océan. À contrecoeur, on continue et on pose le camp dans la toundra, un peu après la station de pompage n°2. Le paysage est incroyablement plat et il commence sérieusement à faire froid. C’est notre dernier jour avant l’océan arctique et ni Jean ni moi ne nous rendons compte de ce que nous sommes en train de réaliser.

27 août: station de pompage n°2 (mile 368) – Océan Arctique ! (mile 414)
On se réveille à 5h30 pour arriver le plus tôt possible à Deadhorse. Il fait -6°C et le début est très difficile. Alors que l’on range les affaires pour partir, je ne trouve pas mon lecteur MP3. Et nous voilà, congelés, cherchant mon lecteur MP3 dans la toundra, à moins de 50 miles de l’océan arctique. Après 20 minutes à trépigner, je pense à regarder dans mon duvet: Jean l’y avait involontairement glissé… On peut enfin partir ! Il fait -4°C quand on part et on file à plus de 30 km/h. On voit un caribou lors de la pause barre. Les derniers kilomètres sont chargés d’émotion. Des gens nous doublent et nous félicitent (encore plus quand ils apprennent qu’on vient de Vancouver et pas de Fairbanks). On voit les milepost défiler, 411, 412, 413… On rate le milepost 414 et on arrive dans Deadhorse, ville-chantier où dorment les ouvriers travaillant dans le champ pétrolifère. On cherche l’hôtel organisant les tours pour l’océan arctique et l’on s’y arrête, submergés par l’émotion. On ne comprend pas ce qui arrive, que c’est la fin de l’aventure. Il est midi pile, nous sommes partis depuis 8 semaines et 1 jour et nous sommes à l’océan arctique.
Après quelques péripéties, on embarque pour le tour organisé, vaste escroquerie ne manquant pas de faire l’apologie du cahmp pétrolifère. À cause de la présence d’ours polaires au large, on ne peut pas se baigner dans l’océan mais juste y tremper nos mains. C’est affligeant, mais on le fait pour marquer le coup. Au retour, le gérant, pour nous féliciter de notre aventure, nous offre le souper ! Encore un repas à volonté qui fait du bien. On s’endort derrière l’hôtel, au milieu d’une décharge. Le contraste avec les jours précédents est saisissant…
Demain, on fait du stop pour rentrer à Fairbanks.

Stanislas - Félix et Alexandre
Stanislas - Félix et Alexandre (encore !)
Enfant Soleil - Di Zhang
Enfant Soleil - Jeth Guerrero
Kincardine in Menteith - Anonyme
Kincardine in Menteith - Anonyme

Cercle

Bonjour,

Jean et Nicolas sont maintenant au nord du cercle polaire. Ils ont plus ou moins dormi à son niveau dans la nuit de mercredi à jeudi. Aujourd’hui ou demain ils devraient passer le col Atigun (1415m d’altitude) et en conséquence avoir quelques jolies côtes à grimper… Mais ils ont semble-t-il un temps superbe et les paysages sont bien plus beaux que ce à quoi ils s’attendaient. Si ils tiennent le rythme ils devraient arriver à Prudhoe Bay dimanche ou lundi, avant de revenir vers Fairbanks en faisant du stop.
Sans doute d’ailleurs qu’ils n’auront aucun accès à internet avant leur retour à Fairbanks.

Voici une idée de leur trajet entre Fairbanks et Prudhoe Bay, le col Atigun se trouve (je crois) là où il y a la “petite” chaîne de montagnes blanchâtre. (vous pouvez double cliquer sur la carte pour vous “rapprocher”)

Agrandir le plan

Par ailleurs, passant à Fairbanks devant une balance à marchandises, ils ont eu l’occasion de peser leurs vélos. Sachant qu’ils ont tout leur équipement et qu’ils avaient à ce moment là de la nourriture pour 12 jours, combien pesait le vélo de Nicolas ? Je n’en ai aucune idée moi-même et nicolas n’a pas encore déterminé ce que gagnera la personne qui tombera le plus proche de la bonne réponse, mais n’hésitez pas à proposer des réponses dans les commentaires.

Enfin, puisqu’ils n’ont pas internet, j’ai rajouté moi-même trois nouveaux dessins.


mumu

Chanda - Ecole enfant soleil

Elena - Ecole Stanislas

David - Ecole enfant soleil

1000

Aujourd’hui, premier vrai jour de repos, que l’on passe à Jasper, Alberta. Depuis la dernière mise à jour de lundi, nous avons parcouru 500 kilomètres dont 400 dans les Rocheuses, croisé de nouveaux animaux sauvages, traversé la Icefields Parkways (autoroute bordée de glaciers) et découvert la pluie.

9 juillet: Three Valley – Revelstoke, 30 kilomètres.

Demi-journée pour arriver à Revelstoke où nous nous reposons l’après-midi. C’est l’occasion de se gaver de burgers et d’entrecôtes au restaurant. L’après-midi passe vraiment vite et on se couche à 22h30 en ayant eu l’impression de ne rien avoir pu faire. Au moins, la ville est vraiment jolie, blottie entre les montagnes. A noter: première crevaison (qui sera pour Nicolas), qui arrive inexplicablement pendant que l’on mange. — Nicolas

10 juillet: Revelstoke – Roger’s Pass, 67 kilomètres à 17.5 km/h de moyenne.

La motivation est limitée au réveil, on sait qu’un col énorme est au programme. On n’est pas déçus: 60 kilomètres de montée sous la canicule, dépassés par les camions. Mais ça en vaut largement la peine, le décor est superbe et nous arrivons enfin dans les montagnes. Glaciers et torrents nous entourent. On s’arrête en début d’après-midi juste sous le col Roger, la difficulté de la journée, on est heureux. — Jean

11 juillet: Roger’s Pass – Yoho National Park, 118 kilomètres à 20.75 de moyenne.

On commence la journée en franchissant le col. Dans la descente, on passe à travers un tunnel et quatre abris anti-avalanche. Le troisième notamment est sombre, long, et avec un virage. On change d’heure et on se retrouve une heure plus tard. On va encore arriver tard au camp. On se pose pour faire des couses à Golden. Il fait 30 degrés à l’ombre, il n’y a pas de nuages et on n’a aucune envie de repartir, d’autant plus qu’une grosse montée nous attend à la sortie de la ville. Après être passés sur l’autoroute en travaux et sous un beau viaduc, on arrive enfin au Yoho National Park qui est superbe. On rencontre une famille de l’Ontario dont le père a bossé dans la lutte contre les feux de forêts et nous parle d’ours. Il nous offre jus de fruits et bières. On s’endort à 10h30, épuisés. — Nicolas

12 juillet: Yoho National Park – Mosquito Creek (Icefields Parkway), 86 kilomètres à 16.5 de moyenne

Peu après le départ, nouvelle difficulté: Kicking Horse Pass, 6 kilomètres d’ascension avec des passages à 9%. On a la pêche, on monte comme des fusées et on est au sommet en 40 minutes. Après une bonne descente, on arrive à Lake Louise, ce qui constitue un cap psychologique très important. Nous sommes désormais dans les Rocheuses et la première étape du voyage se termine. Après une énorme bouffe, on décide d’aller voir le lac Louise, sans savoir qu’il y a 4 kilomètres de montée très raide pour y arriver. J’ai plus de jus et Nicolas me met une rouste. Heureusement, il y a un gros ours noir en train de bouffer à côté de la route, cela me remonte le moral. Après avoir vu le lac qui est absolument superbe, nous partons sur l’autoroute des glaciers et nous nous arrêtons à Mosquito Creek dans la soirée. Le lieu porte bien son nom: il y a plein de moustiques (fait rare depuis le début du voyage). — Jean

13 juillet: Mosquito Creek – Rampart Creek, 66 km à 19 de moyenne

Grasse matinée bien méritée, on se réveille à 10 heures avant de prendre la route à midi. Les décors sont absolument sublimes: montagnes énormes, glaciers partout et ruisseaux d’une couleur bleu pâle magnifique. Nous faisons un petit bout de route avec Ben, un jeune Américain qui va également en Alaska. Bouffe énorme le soir avant un gros dodo. Demain, on essaye de se réveiller à 4 heures. — Jean

14 juillet: Rampart Creek – Jasper, 140 km à 20 de moyenne

Réveil à 5h30 et départ à 6h15. Pour la première fois, on a vraiment froid le matin et on se couvre. La Icefields Parkway à cette heure du jour est superbe. Il n’y a pas de voitures et les couleurs sont splendides. On passe à côté d’un aigle royal puis on entame l’ascension vers Sunwapta Pass, point culminant de l’autoroute à 2035 mètres d’altitude. Les 9 kilomètres d’ascension se font à un petit rythme. On arrive au Columbia Icefield. C’est joli mais bondé de touristes et on a du mal à se déshabituer de la vie en solitaire. On passe le cap des 1000 kilomètres de route à l’endroit exact du col. Grosse descentre après le glacier: 72.7 km/h pour Jean qui va décidément plus vite que moi en descente. Vu que la route descend en permanence, je propose de pousser jusqu’à Jasper: 140 kilomètres en tout. On y va en admirant une dernière fois les paysages de la Parkway. Arrivée au camping et première vraie douche depuis Revelstoke (on s’est baignés de nombreuses fois dans des lacs au cours du voyage). Elle fait vraiment du bien. Comme c’est jour de fête (on prend notre première vraie journée de repos demain), Jean décidé même de mettre du déodorant. Pour garder un pied dans la réalité, il convient de préciser que notre savon est un nettoyant multi-usages qui sert aussi de liquide vaisselle et de produit à lessive. Il tient donc plus du dégraisseur à moteur d’avions des années 20 que du gel douche revitalisant à senteurs de printemps. On décide même de mettre des habits propres (comme tous mes habits sont dans la même sacoche, même mes propres puent, mais bon). Petit tour en ville puis dodo. Enfin une vraie nuit. Demain, repos…

Enfin

Désolé pour l’absence de nouvelles mais nous n’avons eu que très peu de contacts avec la civilisation avant aujourd’hui. Cette première semaine aura été l’occasion d’avoir une première idée de ce que seront les deux prochains mois. Nous avons roulé sur des autoroutes, monté des pistes sablonneuses, traversé des rivières et vu les paysages magnifiques de la Colombie-Britannique. Des photos et des vidéos dès que l’on peut.

2 juillet: Vancouver – Abbotsford, 90 kilomètres à 19 km/h de moyenne
Départ à 10h30. Tout le monde nous conseille la Lougheed Highway (grosse autoroute) pour sortir de Vancouver mais on la considère avec beaucoup d’appréhension d’autant plus que nous sommes super chargés. Premiers tours de roue et c’est la panique: nos sacoches avants sont tellement chargées que le moindre changement de direction les fait balancer et fait bouger le guidon de gauche à droite. On découvre qu’il y a une voie cyclable sur l’autoroute, qu’il n’y a pas tant de monde que ça et que les gens font attention aux vélos. Finalement, ce n’est pas si terrible. Première grosse frayeur: on doit traverser deux voies d’autoroute pour prendre notre sortie. Deuxieme frayeur: le bas-côté disparait soudainement et nous nous retrouvons sur la voie de droite. Ensuite, nous sommes pris entre les six voies de la Transcanadienne et les quatre voies de la Lougheed Highway (voir ici, au milieu des deux autoroutes). Troisième frayeur: sur un pont, le bas-côté fait 80 cm de large, les voitures roulent à toute allure et, à basse vitesse, nos guidons tremblent atrocement. Le camping ou nous voulions aller étant fermé, nous reprenons la route a 17h15, après 75 km. Nous arrivons finalement à 19h, après 90 km. On se fait offrir par une résidente du camping, Nancy, burgers au buffle, tarte aux pacanes et fraises. Tout est dévoré en 15 minutes. On a du mal à réaliser que c’est le premier jour de nos deux mois et demi de route.

3 juillet: Abbotsford – Kettle Valley Railway Trail, 109 kilomètres à 19.7 km/h de moyenne
On continue vers l’est. En fin de matinée, nous rencontrons un couple: Emma, suedoise, et Scott, américain. Les deux font du raid en compétition (Scott faisait partie de l’équipe des Etats-Unis). On n’a pas la pression du tout… Chance, Scott est économiste de l’environnement et Jean peut papoter. La journée se finit sur une voie ferrée désaffectée qui traverse des gorges magnifiques et des tunnels que nous parcourons dans le noir complet. On trouve enfin un endroit près d’une rivière où dormir. Nous sommes entrés au pays de l’ours et le sommeil est léger.

4 juillet: Kettle Valley Railway Trail, 48 km à 11km/h de moyenne
Départ a 12h30, en plein soleil… Dès le début, on en bave: pente a 6-8% sur de la piste de sable mou. Le bidon anti-ours de Jean n’arrête pas de tomber et, une fois arrêté, il est quasiment impossible de repartir, le pneu dérapant totalement dans le sable. A la fin, nous sommes montés de 200 mètres, mais nous sommes épuisés; on commence à se demander ce qu’on fait là. Le reste de la journée ne sera composé que de ça: des montées, du sable mou, des cailloux. Dans l’après-midi, Scott et Emma partent devant pendant que nous remettons encore une fois le bidon de Jean sur son vélo. Pendant que nous essayons de les rattraper, nous passons à côté de deux grosses crottes d’ours au milieu de la piste. Alors que Nicolas se moque doucement de Jean qui chante pour éloigner les ours, il l’accompagne doucement après la première crotte. Nous aurons monté 1400 mètres dans cette journée. Dur…

5 juillet: Kettle Valley – Nicola Lake campsite, 98 km à 18 km/h de moyenne.
Départ à 9h30. Après un peu de piste, où l’on traversera notamment une rivière en portant les vélos, nous quittons Scott et Emma qui eux vont suivre la Kettle Valley Railway Trail jusqu’au bout. Frustrés de toute cette piste, on reprend l’autoroute a 40 km/h avec un vent arrière. Nous quittons l’autouroute apres une descente de 4 kilomètres, où Jean fera du 65 km/h (Nicolas, sage, n’a pas dépassé le 57 km/h) pour prendre une petite route vers Merritt. Il fait chaud, on manque d’eau, ca monte presque tout le temps, c’est dur… L’une de nos rares belles accélérations a été faite avec l’aide d’un rottweiler a nos trousses, Jean profite de l’une des rares descentes pour améliorer le record à 67 km/h. On arrive à Merritt pour trouver une ville miteuse de 3000 habitants. On décide donc de faire 20 km de plus pour camper au bord de Nicola Lake. Cette portion se fera à la nuit tombante, sans bas-côté, avec des camions rasant. Nicolas découvre un appareil mesurant le stress de Jean: son compteur de vitesse. Jean fait du 37 km/h sur du plat, sans vent arriere, alors que l’on a 80 kilomètres dans les jambes. On se couche épuisés.

6 juillet: Nicola Lake campsite – Douglas Lake campsite, 52 km à 16 km/h de moyenne.
Journée relativement courte mais épuisante (encore de la piste sous un soleil de plomb). On dort au bord d’un lac après avoir traversé une réserve indienne. La vie est belle.

7 juillet: Douglas Lake campsite – Salmon Arm, 94 km à 19.6 km/h de moyenne.
Départ à 8h30. La piste est bonne et on a envie de rouler. Lors d’une descente, alors que nous sommes a plus de 50 km/h, occupés à éviter les nids-de-poule, Jean voit un gros chien traverser la route et nous freinons légèrement pour lui laisser le temps de passer. Il nous faut un peu de temps pour réaliser que nous sommes en train de voir notre premier ours. Ce n’est plus un léger freinage mais un dérapage en panique qui s’ensuit. Dès lors, nous utiliserons nos klaxons à ours à chaque virage. Au bout de la piste, nous nous arrêtons dans un magasin général pour manger. Jean voit des échantillons de gâteaux a déguster sur le comptoir. Il en goûte un.
” – Vous trouvez ça comment ? “
Jean qui le trouve quelconque répond tout de même ” – Mmmh, c’est bon. “
” – C’est pour les chiens. “
On décide de partir vite.

Route quelconque dans l’après-midi mais on est hébergés par un ancien chasseur d’ours. On profite de sa conversation et l’on rigole quand il nous raconte que son grand jeu est de s’approcher derriere un ours au sortir de l’hibernation et de lui crier ” Bouh ! ” pour le voir détaler.

8 juillet: Salmon Arm – Three Valley, 95.6 km à 15.3 km/h de moyenne.
Départ 7h15 après un réveil à 6h. Après 50 km de route bitumée jusqu’à Mable Lake, on s’engage sur une piste. Il est 11h30 et, sans le savoir, on entame une ascension de 32 km sur une piste caillouteuse, dans la canicule. La descente de 3 km suivant le col est un vrai bonheur. On campe au bord d’un lac, entre les montagnes, seuls. Cela fait une semaine que l’on est partis, nous avons fait 587 kilomètres (dont une grosse partie de pistes) et on savoure le moment présent, fiers de nous.

On arrive aux Rocheuses.