La balade sur la Dalton

14 août: BLM Campground - Aire de repos sans nom
Pas grand-chose à dire sur cette journée. Nous avons été dépassés par un convoi exceptionnel dans une montée, ce qui nous a un peu fait flipper. Très gros orage vers midi qui nous a forcé à nous abriter pendant plus d’une heure. On n’est pas passés loin du deuxième dans la soirée, mais celui-là nous a gentiment contournés.

15 août: aire de repos sans nom - Tok
C’est la fin de notre détour par Dawson City et le retour sur la Alaska Highway. On essaye de se réhabituer au trafic. Petit arrêt à Tok où l’on rencontre un cycliste israélien qui est parti de Prudhoe Bay pour aller jusqu’en Terre de Feu (encore un !). Il nous donne plein d’infos sur la Dalton Highway, la route entre Fairbanks et l’océan Arctique. On pousse un peu et on installe le camp sur une aire de repos qui possède un joli point de vue. Pas de poubelles anti-ours, pas d’arbres où accrocher la nourriture: tant pis, on verra bien ce qu’il arrivera.

Tok - Rika’s roadhouse
On se réveille de bonne humeur, profitant du point de vue. On est encore plus heureux quand une équipe vient nettoyer les toilettes sèches de l’aire de repos. Fous de joie, on profite de l’odeur parfumée : on est au paradis (vu l’était dans lequel on est, il nous en faut assez peu).
Une fois de plus, la route est inintéressante. On en profite pour rouler vraiment vite. Jean qui m’annonce ne pas avoir de jambes fait du 25 de moyenne. On s’arrête à Rika’s roadhouse où il y a un restaurant. On s’y arrête pour découvrir qu’il ferme à 17h. Une fois de plus, ce sera des pâtes pour le dîner. On en profite également pour étendre les tapis de sol et les sacs de couchage pour les faire sécher. Alors qu’on mange, la pluie se met à tomber. On se retrouve avec du matos bien plus trempé qu’avant… On monte la tente à toute vitesse et on s’engouffre dans nos sacs de couchage mouillés. Choueeeeeeeeeette.
Demain, on arrive à Fairbanks !

Rika’s roadhouse - Fairbanks
On glande pendant la matinée, profitant du soleil. Et puis, on a trois jours d’avance sur le planning, on peut bien en profiter. On roule sur un bas-côté ridicule, dépassés en permanence par des conducteurs inattentifs: dur retour à la réalité. On passe devant une base militaire dans lequel s’égaille un caribou. Après avoir eu les jambes coupées, j’essaye de redonner du rythme et on arrive à toute allure à Fairbanks. Deux jours de repos et hop, vers l’Arctique !

20 août, Fairbanks - Livengood, 130 km (à peu près)
Départ de Fairbanks. On est super excités ! On va enfin découvrir la route que l’on attend depuis 18 mois. Tout le monde nous a promis l’horreur: de la sale piste, des camions qui nous rasent en nous envoyant des gros cailloux. On part avec 12 jours de nourriture pour parer a toute éventualité. Le résultat ne se fait pas attendre: je pèse mon vélo avant de partir pour découvrir ahuri qu’il fait 59 kgs ! La Elliott Highway qui va nous mener à la Dalton n’a aucun intérêt. Comme en plus elle n’arrête pas de monter et descendre, ça nous casse les jambes. Jean aperçoit un lynx sur le bord de la route (je n’aurai pas cette chance). Vers la fin, il en a super marre et je dois le motiver pour pousser jusqu’à la fin. On arrive finalement au bout et on se couche en bordure d’autoroute, à 5 kilomètres du début de la Dalton Highway.

21 août: Livengood - Hotspot Cafe (mile 60)
Au réveil, il fait froid et on sent la fatigue avant même d’être sur les vélos. Petite discussion avec un camionneur qui s’arrête sur notre aire de repos. On essaye d’avoir autant d’informations que possible sur l’état de la Dalton, mais sans grand succès.
Après quelques kilomètres d’Elliott, on arrive à l’embranchement avec la Dalton. Grosse émotion. Etre là est déjà une réussite en soi. Les premiers kilomères Daltonesques apaisent nos craintes: la piste n’est pas si mal et, surtout, les camionneurs font extrêmement attenion à nous. Ils laissent beaucoup de place quand ils dépassent et ralentissent à notre approche. Finalement, le pire reste le relief: là encore, on n’arrête pas de monter et de descendre et ça nous détruit. Au mile 19, sans raison, une route pavée superbe commence. On s’amuse comme des petits fous et on peut enfin tracer un peu. Après 5 miles, ça redevient de la piste. Quelques kilomètres plus loin, on arrive à une bonne petite montée en terre. On la commence, galérant raisonnablement. Au milieu, un camion arrive derrière nous. Comme il ne peut pas changer de file, on se range sur le bas-cote pour le laisser passer. Et là, ce con inonde la route ! Ils font ça pour limiter la poussière. La contrepartie, c’est que l’on doit maintenant rouler dans la boue et que ça devient super galère…

La fin de la route se fait difficilement. On découvre dans le MILEPOST qu’il y a 5 miles de montée difficile entre le mile 38 et le mile 46. On se dit qu’on va en chier. Au mile 37, ce fut comme une apparition: les voitures sont arrêtées car la section est en travaux. Nous n’avons pas le choix et devons monter dans la voiture pilote pour traverser les 10 miles de la zone de construction. 30 minutes après, nous voilà au mile 47, la dernière difficulté de la journée traversée. Et on ne se sent même pas coupable sachant que nous n’avions pas le choix ! Si c’est pas merveilleux, ça…
On dort dans un terrain jouxtant un boui-boui dont le choix en alcools n’a d’égal que l’amabilité de la tenancière: pas de binouze pour Jeannot ! On rencontre un couple d’Anchorage avec qui on papote un peu: c’est la première fois qu’ils vont sur la Dalton. On décide de jouer au freesbee et là, c’est le drame: je l’ai perdu quelque part sur la Dalton. On ne l’aura jamais utilisé ! Dépités, on va se coucher. Demain, on devrait arriver au Cercle polaire arctique !

22 août: Hotspot Cafe (mile 60) - Arctic Circle (mile 115)
Première mauvaise nouvelle de la journée: Jean a perdu ses lunettes de soleil. Non seulement il risque d’être ébloui pendant la journée, mais il va également recevoir toute la poussière envoyée par les camions que l’on croise.
La route est beaucoup plus facile que la veille: la piste est toujours bonne mais maintenant, c’est tout plat ! On profite des paysages et de la sensation d’isolement. Les camions que je m’imaginais défiler chaque minute ne sont que quelques dizaines par jour. Finalement, elle est tranquillou cette petite route…
Sur le chemin, on se fait dépasser par un couple de l’Oregon qui va également au Cercle arctique. Plus tard, on les croisera qui reviennent: ils nous offrent sandwiches, biscuits et eau. La politesse et la bonne éducation disparaissent devant la faim (alors oui, quand on fait du vélo, on a TOUJOURS faim) et on accepte tout sans trop rechigner (je crois qu’on omet même les deux refus règlementaires).
On s’arrête en haut de Finger Mountain pour se reposer un peu lorsque l’on voit un gars sortir de la toundra: c’est un Belge qui vient de faire 10 jours de rando dans l’arrière-pays et qui vient de finir ! On n’en revient pas et on papote avec lui pendant qu’il fait du stop pour rentrer a Fairbanks. Comme quoi, on n’est pas les seuls allumés sur la Dalton…
On arrive le soir au cercle arctique, marqué par un panneau. Il y a également un petit camping. On y retrouve le couple d’Anchorage de la veille qui nous offre le repas. Ils décident de fêter l’arrivee au cercle arctique avec nous et on a droit à du champagne et à un petit feu d’artifice. On s’endort émus.

23 août: Arctic Circle (mile 115) - Coldfoot (mile 175)
Dernier jour avant d’être complètement seuls, la plupart des touristes s’arrêtant à Coldfoot avant de faire demi-tour. On taille la route non sans avoir pris la traditionnelle photo devant le panneau indiquant le cercle arctique. Pour encourager les voitures à aller plus loin que le cercle arctique, l’autoroute est pavée jusqu’à Coldfoot. On rencontre un Brésilien en mobylette qui nous prend en photo avant de continuer sa route vers le sud. On s’arrête pour manger devant la station de pompage n°5; il y a des stations de pompage tout le long du pipeline entre l’océan Arctique et Valdez, 800 miles au sud. L’endroit semble rêvé pour un film de James Bond: un immense bâtiment au milieu de la toundra et rien d’autre aux alentours.
Arrivée a Coldfoot après de nombreuses côtes non indiquées dans le Milepost: je vois Jean s’énerver de plus en plus contre le rédacteur de la partie sur la Dalton Highway. Petit arrêt au Visitor Centre de Coldfoot où l’on obtient notre certificat de franchissement du cercle arctique. Repas au buffet où l’on rencontre un routier qui nous a vus deux jours plus tôt: on papote et il a l’air impressionné par ce que l’on fait; ça fait toujours plaisir. Il nous dit aussi qu’Atigun Pass est vraiment difficile, même si une carte postale représentant le col nous rassure un peu. Dodo sans le double toit pour essayer de voir une aurore boréale.

24 août: Coldfoot (mile 175) - juste après Atigun Pass (mile 249)
Aujourd’hui, c’est la grosse journée de la Dalton. Non seulement c’est la plus longue (en distance), mais c’est également celle qui contient la plus grosse difficulté du voyage: le col d’Atigun. On va monter de 720 mètres en 7 kilomètres.
Ça commence mal dès le matin: il fait tellement froid que l’on fait de la buée en expirant. Aucun de nous deux ne veut sortir du duvet. On sait que la journée va être longue et on décide de rouler assez vite au début. La piste n’est pas terrible et je fais une fringale: je commence à voir flou et je sens que je vais m’évanouir. Ça m’arrive de plus en plus souvent. On fait une petite pause et Jean prend le relais pour me soulager un peu. On fait une petite pause au bord de la rivière 15 miles avant le col d’Atigun. Alors que je me sens bien pendant la pause, les 15 miles sont très difficiles: on n’avance pas, même sur le plat. Le stress doit y être pour quelque chose. La première côte, Chandalar Shelf, 2 miles à 10%, est facile. Je me permets même de prendre plein de photos de gens. On arrive à un plateau avec une vue fantastique. On pédale tranquillement sur le plateau avant d’atteindre la deuxième côte, le col d’Atigun lui-même. Enhardis par Chandalar Shelf, on se dit que ça ne va pas être si terrible et que, de toute façon, on est maintenant super en forme. Et là, c’est l’horreur… Deux miles et demi à 12% avec de la pluie et le vent de face. On roule dans la boue à 4 km/h, à la limite. Il fait 5°C et on pèle de froid, d’autant plus qu’on est trempés. Pendant la montée, une voiture nous dépasse et la passagère nous prend en photo. Lorsqu’elle repasse, je l’arrête et lui demande de nous les envoyer. Quitte à souffrir, autant avoir un souvenir… Après 1h10 de montée, on arrive enfin au sommet: Jean laisse éclater sa joie et je fonds en larmes. Nerveusement épuisés, on vient de franchir la dernière difficulté du voyage. On décide de camper juste en bas de la côte, dans un camp de maintenance de l’autoroute abandonné. Le paysage est sublime et on déguste nos pâtes (700 grammes, sans huile ni sel ni accompagnement, comme d’habitude) bien méritées. Désormais, plus rien ne peut nous arrêter. On oublie le réveil pour demain pour enfin dormir tout notre soûl.

25 août: pied d’Atigun Pass (mile 249) - plateau au milieu de nulle part (mile 299)
On reste longtemps au lit et on profite d’un bon petit déjeuner. Lorsque l’on se décide à partir, il est 13h30. Après être sortis du Brooks Range, on pédale dans la vallée. Alors que l’on s’est arrêtés pour manger (après seulement 1h30 de route, mais qu’importe), un cycliste s’arrête pour papoter: il est pilote d’hélicoptère pour l’entreprise qui s’occupe du pipeline. Il profite de son temps libre pour faire du vélo ou de la randonnée dans le coin, au milieu de nulle part. On est envieux. La suite de la journée sera difficile, le plat attendu étant remplacé par un paysage vallonné. En revanche, la vue est fantastique et l’impression de fin du monde bien présente. Jean me répète constamment qu’il faut que je profite de ces moments qui sont uniques dans une vie. On s’arrête en haut d’une colline, près d’un lac. On est entourés de chasseurs visiblement jaloux du lieu de notre campement: pas question de leur laisser, on était là avant ! Après avoir observé un renard le soir, on se couche, toujours sans double toit. Durant la nuit, petite aurore boréale, que Jean snobbe. Il en veut une vraie !

26 août: plateau au milieu de nulle part (mile 299) - station de pompage n°2 (mile 368)
La journée commence avec une longue descente et l’on s’arrête à un camp de maintenance de l’autoroute pour trouver de l’eau. On est toujours intrigués par ces camps sans vie au milieu de nulle part. Après une côte à 16%, on s’arrête pour déjeuner. Alors que l’on fait notre sieste digestive, un camiom de l’entreprise du pipeline s’arrête, dépose du jus de raisin et des cacahuètes avant de s’arrêter plus loin. Croyant qu’il vient manger avec nous, Jean va le voir pour parler un peu. Le gars vient en fait de nous offrir tout ça en s’excusant de ne pas pouvoir faire plus. La gentillesse des gens que l’on rencontre ne cesse de nous étonner. On repart puis l’on s’arrête en bord de rivière pour prendre de l’eau (nos vélos sont si lourds qu’on ne veut pas transporter trop d’eau, mais le soleil tape). On y rencontre une femme qui vient de pêcher et nous propose un poisson: malgré l’envie de manger autre chose que des pâtes et du gruau, l’idée de devoir le préparer et le cuire au milieu des ours ne nous enchante pas. Le coeur fendu, on refuse. Un peu plus tard, on rencontre nos premiers boeufs musqués: poilus, lents, placides, on dirait des animaux préhistoriques. Jean me confie qu’il ne regrette pas d’en avoir mangé en stroganoff.
Le vent de face qui ne cesse de souffler depuis le matin nous épuise. On a envie de s’arrêter mais on veut s’approcher de l’océan arctique pour être sûrs d’arriver à Deadhorse avant midi. En effet, cela nous permettra de faire le tour organisé de 14h qui nous amènera à l’océan. À contrecoeur, on continue et on pose le camp dans la toundra, un peu après la station de pompage n°2. Le paysage est incroyablement plat et il commence sérieusement à faire froid. C’est notre dernier jour avant l’océan arctique et ni Jean ni moi ne nous rendons compte de ce que nous sommes en train de réaliser.

27 août: station de pompage n°2 (mile 368) - Océan Arctique ! (mile 414)
On se réveille à 5h30 pour arriver le plus tôt possible à Deadhorse. Il fait -6°C et le début est très difficile. Alors que l’on range les affaires pour partir, je ne trouve pas mon lecteur MP3. Et nous voilà, congelés, cherchant mon lecteur MP3 dans la toundra, à moins de 50 miles de l’océan arctique. Après 20 minutes à trépigner, je pense à regarder dans mon duvet: Jean l’y avait involontairement glissé… On peut enfin partir ! Il fait -4°C quand on part et on file à plus de 30 km/h. On voit un caribou lors de la pause barre. Les derniers kilomètres sont chargés d’émotion. Des gens nous doublent et nous félicitent (encore plus quand ils apprennent qu’on vient de Vancouver et pas de Fairbanks). On voit les milepost défiler, 411, 412, 413… On rate le milepost 414 et on arrive dans Deadhorse, ville-chantier où dorment les ouvriers travaillant dans le champ pétrolifère. On cherche l’hôtel organisant les tours pour l’océan arctique et l’on s’y arrête, submergés par l’émotion. On ne comprend pas ce qui arrive, que c’est la fin de l’aventure. Il est midi pile, nous sommes partis depuis 8 semaines et 1 jour et nous sommes à l’océan arctique.
Après quelques péripéties, on embarque pour le tour organisé, vaste escroquerie ne manquant pas de faire l’apologie du cahmp pétrolifère. À cause de la présence d’ours polaires au large, on ne peut pas se baigner dans l’océan mais juste y tremper nos mains. C’est affligeant, mais on le fait pour marquer le coup. Au retour, le gérant, pour nous féliciter de notre aventure, nous offre le souper ! Encore un repas à volonté qui fait du bien. On s’endort derrière l’hôtel, au milieu d’une décharge. Le contraste avec les jours précédents est saisissant…
Demain, on fait du stop pour rentrer à Fairbanks.

Stanislas - Félix et Alexandre
Stanislas - Félix et Alexandre (encore !)
Enfant Soleil - Di Zhang
Enfant Soleil - Jeth Guerrero
Kincardine in Menteith - Anonyme
Kincardine in Menteith - Anonyme

Cercle polaire

Bonjour,

Jean et Nicolas sont maintenant au nord du cercle polaire. Ils ont plus ou moins dormi à son niveau dans la nuit de mercredi à jeudi. Aujourd’hui ou demain ils devraient passer le col Atigun (1415m d’altitude) et en conséquence avoir quelques jolies côtes à grimper… Mais ils ont semble-t-il un temps superbe et les paysages sont bien plus beaux que ce à quoi ils s’attendaient. Si ils tiennent le rythme ils devraient arriver à Prudhoe Bay dimanche ou lundi, avant de revenir vers Fairbanks en faisant du stop.
Sans doute d’ailleurs qu’ils n’auront aucun accès à internet avant leur retour à Fairbanks.

Voici une idée de leur trajet entre Fairbanks et Prudhoe Bay, le col Atigun se trouve (je crois) là où il y a la “petite” chaîne de montagnes blanchâtre. (vous pouvez double cliquer sur la carte pour vous “rapprocher”)

Agrandir le plan

Par ailleurs, passant à Fairbanks devant une balance à marchandises, ils ont eu l’occasion de peser leurs vélos. Sachant qu’ils ont tout leur équipement et qu’ils avaient à ce moment là de la nourriture pour 12 jours, combien pesait le vélo de Nicolas ? Je n’en ai aucune idée moi-même et nicolas n’a pas encore déterminé ce que gagnera la personne qui tombera le plus proche de la bonne réponse, mais n’hésitez pas à proposer des réponses dans les commentaires.

Enfin, puisqu’ils n’ont pas internet, j’ai rajouté moi-même trois nouveaux dessins.


mumu

Chanda - Ecole enfant soleil

Elena - Ecole Stanislas

David - Ecole enfant soleil

En garde la Dalton

7 août: Whitehorse- Summer Camp quelque part sur la Klondike, 102 km

Petit déjeuner “All you can eat” puis départ de Whitehorse. Il est midi, on a eu le sommeil lourd. Petite émotion au moment de prendre l’embranchement vers la Klondike Highway. Ca y est, on va faire 220 km de plus juste pour prendre la Top of the World. La Klondike est chiante: des paysages inintéressants et pas de bas-côtés. En plus, on n’a pas de jambes. On découvre les premiers vrais décors nordiques sous la pluie: des plaines de toundra et de sapins. On se rend peu a peu compte que le trajet va être chiant jusqu’a Dawson City, ce qui nous donne un petit moral.

Après une journée galère, on s’arrête dans un camp de vacances vide. C’est un super emplacement en bord de lac et on fait une chasse au trésor pour trouver les cabanons ouverts: c’est un retour vingt ans en arrière. On se fait un feu sous les gouttes, apprécie nos pâtes et au dodo. — Nicolas

8 août: Summer camp - Tetcha Creek (je crois), 105 km

Journée qui sera identique à la précédente: ça monte, ça descend, on s’emmerde et les jambes sont toujours absentes. Petit arrêt à Carmacks-la-glauque, charmante bourgade yukonnaise: on vous recommande la station-service pour un dîner en amoureux.

On arrive enfin au camping au pied d’une énorme côte: dîner rapide et on plonge dans les duvets humides de la veille. Atmosphère, atmosphère… — Jean

9 août: Tetcha Creek - Stewart Crossing, 152 km

On avale les 80 premiers km comme des fusées avant la pause-repas. On se dit que le reste va se faire sans problème et… ce n’est pas le cas. On commence par 4 km de montée sur de la piste boueuse en guise de digestif: ça fait très mal. On enchaîne avec un vent de face, du relief, et nous filons désormais à la vitesse ahurissante de 12 km/h. A ce train-là, on arrive au camping à 22h30. Nicolas muscle alors son jeu et nous relance. On arrive au camping vidés, mais à 20h. Rien ne peut apaiser notre appétit: je prends un burgers, deux desserts et… j’ai encore la dalle (petite pensée pour les patagons). Nicolas, qui ne sait pas mettre un cuissard correctement, a le postérieur pulvérisé. Le réveil demain s’annonce des plus croustillants. — Jean

10 août: Stewart Crossing - Klondike River Lodge (jonction avec la Dempster Highway), 137 km

Comme les jours précédents, les heures sont longues, on regarde nos guidons et on essaye d’avancer comme on peut. Petit pincement au coeur au moment de croiser la jonction avec la Dempster Highway, autre route nous permettant d’accéder à l’Océan Arctique (en prenant l’avion a Inuvik, toutefois). Mais il fallait faire un choix. Au moins, demain, on arrive à Dawson City. — Jean

11 août: Klondike River Lodge - Dawson City, 40 km

Surprise au réveil, il fait -2 degrés C (en plein mois d’août !). Toutes nos affaires sont givrées et Nico se gauffre artistiquement sur les escaliers en bois menant aux toilettes. De retour, il casse un piquet de tente juste en marchant dessus. On se prend une bonne douche (la première depuis plus d’une semaine) et, avant de partir, on rencontre un couple de Vancouver Island que l’on avait déjà croisé sur la Cassiar; ils reviennent de la Dempster et nous annoncent l’inimaginable: un ours polaire a été vu pour la deuxième fois de l’histoire sur l’autoroute.
Copyright : http://nnsl.com/northern-news-services/stories/papers/aug13_07bear.htmlOn va vérifier avant de se lancer vers l’Arctique.

Les 40 km sont avalés à 25 km/h de moyenne. Dawson City est une révélation: de vieilles maisons type western, des rues en terre et une ambiance vraiment chouette. Le moral est de retour après plusieurs jours sans intérêt: c’est la récompense de la Klondike. On décide qu’on ne repartira que demain après-midi. Je déguste un ragoût de caribou (tellement vite que le serveur abasourdi me demande si je veux un deuxième plat) pendant que Nicolas tente pour la premiere fois du voyage le saumon. Les vélos sont bichonnés et on s’endort. — Jean

12 août: Dawson City - Clinton Road, 56 km

Matinée pépère et départ à 15 heures. On traverse la Yukon River par ferry et on attaque la Top of the World Highway. Saura-t-elle justifier les quatre jours passes sur la Klondike ?

Dès le début, 17 km de montée sur de la piste alors que l’on nous avait annoncé une route pavée jusqu’à la frontière. Une fois au sommet (atteint après deux heures), on est sous le charme: la route longe la crête et on voit toutes les montagnes alentour. Il fait un temps magnifique et on décide de rouler tard. Juste apres un col, je stoppe brutalement. Il est la, brun, marchant au bord de la route dans notre direction: notre premier grizzly. Ca mate sévère… On applique à la lettre la procédure d’urgence: on lui parle doucement, on se recule et on s’identifie comme humains en agitant les bras. Normalement, c’est là qu’il doit s’arrêter ou s’enfuir. Mais nous avons affaire à un sauvageon et il continue de s’approcher tout en ne nous quittant pas des yeux. Soudain, notre sauveur surgit a moto: on lui présente la situation et lui demande son aide. Il propose de distraire l’ours en l’effrayant pour nous laisser le temps de partir. Il allume son moteur et, a ce moment, l’ours se dresse sur ses pattes de derrière (j’indique à Nicolas qu’il s’agit d’une réaction normale lorsque l’ours veut évaluer une situation). Le moteur s’approche de l’ours en klaxonnant, ce dernier filant dans les fourres. Bien que le motard nous fasse signe de passer, on reste plantés la sachant qu’il ne faut jamais s’enfuir devant un ours. Le grizzly contourne alors le motard et recommence a s’approcher de nous. Il n’est plus alors qu’à une trentaine de mètres. En plein stress, on demande au motard de venir s’interposer. Cette fois-ci, plus d’hésitation, on s’en va, passant à vélo devant l’ours à nouveau dressé sur ses pattes arrière, nous regardant et se demandant encore ce qu’étaient ces deux créatures étranges qui ont interrompu sa promenade du soir. Quant à nous, nous n’en menons pas large et sommes quittes pour un bon rappel à l’ordre: les ours sont partout ! On décide de planter rapidement la tente, ce que l’on fera au sommet d’une colline 15 km après. On se dit que la nuit va etre agitée. — Jean

13 août: Clinton Road - premier camping BLM apres la frontiere, 80 km

Bonne saucée pendant la nuit, mais pas d’ours. En revanche, c’est une brume épaisse qui nous entoure au réveil. On ne voit pas à 50 mètres. Encore une rencontre avec le couple de Vancouver Island puis on repart, la brume s’étant un peu levée. Ça grimpe et, à l’approche de la frontière, le vent se lève et la pluie se met à tomber. N’étant pas protégés car sur la crête, nous peinons à maintenir nos vélos droits (embed video) et nous en bavons.

On arrive enfin au poste-frontière et on découvre une pauvre cabane, perdue au milieu de nulle part. Trempés, on demande refuge a la douanière. On restera 1h30 au poste, ce qui nous permettra de nous réchauffer, de manger au sec, et même d’utiliser leurs toilettes. On repart également avec un magnifique tampon de caribou chacun. Petit arrêt jus de fruit a Boundary dans un bar - station-service miteux et arrivée au camping où l’histoire du grizzly se répand rapidement. Héros de la soirée, on s’endort après un bon feu. Ca y est, nous sommes en Alaska…

Alaska, les voilà !

Jean et Nicolas ont passé la frontière de l’Alaska mercredi (ou mardi, je ne suis plus certaine). Ils prévoient en tout cas d’arriver à Fairbanks dès demain soir. Ils ont également vu leur premier grizzli. La bonne nouvelle, c’est qu’ils semblent être ressortis indemne de cette rencontre, même si je n’ai pas encore eu les détails.
Pour fêter toutes ces nouvelles, j’ai ajouté deux nouveaux dessins.
Par ailleurs, si vous souhaitez mieux visualiser le trajet parcouru jusqu’à maintenant par Jean et Nicolas (en fait, le chemin parcouru jusqu’à Whitehorse, je n’ai pas encore les détails de leur parcours plus récent), vous pouvez le faire ici. Pour chaque étape, si vous cliquez sur le repère, vous pourrez lire la partie de leur journal correspondante, et voir une ou deux photos.


Histoires d’ours

On s’est dit que ca valait le coup de rédiger un post sur les ours afin de présenter les différentes histoires que nous avons entendues et la manière dont se sont déroulées les rencontres entre eux et nous jusqu’à aujourd’hui (qui sait de quoi demain sera fait ?). Il a été bien difficile pour nous de se forger une opinion: certaines personnes vont vous présenter les ours comme des bêtes terribles susceptibles de vous sauter dessus à n’importe quel moment et de vous dévorer comme du pâté, d’autres vous expliquent qu’il s’agit plutot de jolies bêtes poilues. De plus, il est très difficile d’obtenir des chiffres suir le nombre d’accidents arrivant chaque année et les circonstances. Etant donnée la manière dont nous voyageons, nous sommes plus exposés que la plupart des autres voyageurs (nous avons par exemple vu un panneau expliquant que les ours sont des animaux dangereux et que les touristes doivent rester dans leur voiture). Nous avons donc rencontré un chasseur d’ours nous racontant que son jeu préféré était de s’approcher à petits pas derrière un ours lorsque ce dernier sort de l’hibernation et de faire ” Bouh ! “, l’ours détalant a toute allure, terrorisé. Il nous a également dit que la seule situation vraiment dangereuse était celle ou l’on se trouvait entre la mère et ses petits et que l’un des petits se mettait à pleurer.
Nous avons ensuite rencontré a Jasper un couple de Fairbanks qui nous a raconté comment l’oncle et la tante d’un ami se sont fait tuer par un grizzly au cours d’une randonnée. Ils ajoutent que les problèmes n’arrivent qu’avec les ours grognons qui ont de mauvaises dents.
Enfin, nous avons rencontré un couple d’Allemands à Kitwanga qui nous ont parlé d’un couple mangeant dans un camping lorsqu’un grizzly a surgi, attiré par la nourriture, et les a attaqués tous les deux. L’homme est resté 8 mois à l’hopital (mais les cicatrices sur le visage ne se voient presque plus, parait-il).

Quant à nous, nous avons pour le moment rencontré 7 ours noirs. Leurs réactions sont de deux types:
- ils détalent a toute allure des qu’ils nous voient
- ils continuent de machouiller leur branche tranquillement en nous regardant passer d’un air placide

Nous n’avons pas encore vu de grizzly pour le moment, mais nous ne manquerons pas de vous prévenir si leur attitude diffère.

Nouvelles photos et vidéos

Les photos des semaines 4 et 5 sont disponibles dans la section photos. Les vidéos sont disponibles sur notre page Google Video.

3000 kilomètres et Whitehorse !

Les dix jours depuis la dernière mise à jour auront été l’occasion de traverser toute la Cassiar Highway, de découvrir le Yukon et la Alaska Highway, ainsi que de voir notre premier orignal. Nous avons également passé les 3000 kilomètres (après un mois et sept heures) et nous en profitons pour prendre trois jours de repos à Whitehorse.

Comme nous sommes en avance sur le planning, nous avons decide de passer par la Top of the World Highway et Dawson City plutot que par la Alaska Highway pour aller a Fairbanks.

22 juillet: Smithers, 0 km (1859 km au total)

Petit déjeuner à volonté avec saucisses, bacon et gaufres aux fraises. On se régale. Courses pour les jours à venir. On découvre au Safeway un appareil pour mesurer le pouls. Je fais un concours avec Jean: 57 pour moi et 52 pour Jean. Jean a tout éclaté, il est fier comme un paon.

23 juillet: Smithers - Kitwanga, 118 km (1978 km au total)

Il pleut, il fait froid, mais la Yellowhead est moins moche que les jours précédents, c’est déjà ça. On s’arrete une premiere fois a l’aeroport de Smithers pour y voir un grizzly empaille (photo dans la semaine 4). On s’arrete ensuite pour une soupe à l’oignon à New Hazelton. On sent qu’on arrive dans la brousse. On quitte sans regrets la Yellowhead pour entrer sur la Cassiar, on est tout excités. Sur la route, on voit deux gros chiens noirs. Je les prends pour des ours et je m’arrête. Apres avoir enfin réalise de quoi il s’agissait, on klaxonne pour les faire partir. Ils nous regardent, l’air curieux. Les deux filles à côté croient qu’on leur dit bonjour et nous font de grands signes de la main. On décide de passer rapidement (à cause des chiens, hein). On rencontre un couple d’Allemands au camping de Kitwanga, ils nous offrent des framboises et du saumon fumé. On est heureux comme tout.

24 juillet: Kitwanga - Bonus Lake, 78 km (2056 km au total)

 On hésite entre 77 kilomètres jusqu’à une aire de repos ou 152 kilomètres jusqu’à Meziadin. Le couple nous dit que c’est plat et qu’on a un vent arrière. On tente donc Meziadin. Finalement, ca monte et on a un vent de face. On avance à 17 kilomètres par heure et on galère. On s’arrête après 17 kilomètres, puis après 27. Tout à coup, je vois un gros truc noir qui bouge sur le côté de la route. On voit les voitures en face s’arrêter et on comprend que c’est un ours. On passe doucement, tout en le gardant à l’oeil. Il suit Jean du regard, machouillant une branche. Il ressemble plus aux peluches de notre enfance qu’à l’animal féroce qui nous est parfois décrit. On s’arrête finalement à Bonus Lake. Un ponton mène au lac, c’est super joli. Pour la première fois, on va dormir dans une zone infestée d’ours, sans poubelle anti-ours. On accroche les sacs dans un arbre. Elle est chouette, notre petite installation. Demain, Bear Glacier.

25 juillet: Bonus Lake - Meziadin Junction, 128 km (2184 km au total)

Réveil à 5 heures, départ à 7. C’est pas mal. Pas d’ours pendant la nuit, je suis presque déçu. Il fait super beau et la Cassiar à cette heure est un rêve. Aucune voiture et des montagnes tout autour. A 11h30, on a fait les 74 kilomètres jusqu’au camping. On y glande, profitant du soleil. A 16 heures, on repart avec les vélos à vide pour aller voir Bear Glacier (une petite balade de 50 kilomètres). Wow, ça trace sans les sacoches. On peut même tourner le guidon facilement, c’est tout bizarre ! Pendant que je roule, j’entends Jean derrière moi dire quelque chose. Sans comprendre, je regarde à droite et je vois une grosse tête noire juste sur le bord de la route. Je viens de ne pas voir un ours. Jean et moi n’en revenons pas. Deuxième ours de la journée un peu plus loin (le cinquième depuis le début du voyage) puis on arrive au glacier. On se les pèle, mais c’est super beau. On est quand même vachement chanceux de pouvoir goûter dans des endroits pareils.

26 juillet: Meziadin Junction - Bell II lodge, 94 km (2278 km au total)

On se lève tôt, une fois de plus. Sur la route, on voit un ours à qui on fait de grands coucous de la main. Notre attitude envers ces plantigrades a quelque peu évoluée depuis le début du voyage.
On fait une pause repas qui est l’occasion de produire notre premiere emission culinaire:

Etonnamment, la route est bordée de lacs, de forêts et de montagnes. On arrive à Bell II où nous attend une divine surprise: dans le prix du camping est inclus l’accès au sauna, au jacuzzi et aux douches chaudes. Nos yeux brillent. On court prendre une douche chaude (celle de Jean a même un deuxième jet au niveau de la taille), puis on va dans le sauna. On savoure un tel luxe. A peine sortis, on reprend une douche chaude ! On découvre alors que le lodge propose un buffet avec salades, légumes et viandes. Plusieurs fois, la serveuse nous demandera si elle peut récuperer nos assiettes, recevant comme réponse le regard du chien à qui l’on menace de retirer la gamelle.

Dans la soirée, on rencontre Nick et Ben, deux Américains qui vont à Whitehorse. On partira plus tôt qu’eux demain, mais on se dit qu’on les reverra le long de la route. On se couche à 21 heures, heureux et repus.

27 juillet: Bell II lodge - Mountain Shadow RV Park, 160 km (2439 au total)

Lever à 4h45 et départ à 6h45 après une bonne douche. On a pris plus de douches en 12 heures que pendant les 25 premiers jours du voyage. On se sent en jambes et on ne fait que des pauses barres. Les décors sont somptueux. On roule au milieu de gorges et de montagnes enneigées. Une petite montée sur de la piste à 9% puis à 8% que l’on avale. Jean voit un ours et me le montre du doigt en gueulant. L’ours le suit du regard, machouillant sa branche, se demandant vraisemblablement quel est cet excité qui s’agite sur son tracteur. Apres 135 kilomètres, on nous dit que l’autoroute est fermée à cause d’un glissement de terrain et qu’elle ne rouvrira que dans deux ou trois jours. On ne veut pas attendre et on tente de passer. Et là, ils nous laissent traverser ! Aucun automobiliste ne peut traverser, certains vont faire demi-tour et rouler 500 kilomètres pour prendre la Alaska Highway, tout ca pour un petit bout de 5 kilomètres fermé. Et nous, on y va. On est tout seuls sur la route, fous de joie. Après 15 kilomètres de piste, on arrive à Iskut où on s’arrête pour camper. La gérante nous offre des cookies et les gens viennent nous voir, étonnés que l’on soit passés, pour nous poser des questions. Nous sommes des petits rois.

Feu pour la soirée après cette journée de 9 heures sur le vélo. Demain, grasse matinée.

28 juillet: Mountain Shadow RV Park - Dease Lake, 73 km (2512 km au total)
Jean répare la crevaison lente qu’il a eue la veille. Ca ne fait qu’une crevaison par personne en quatre semaines, ca reste raisonnable. On se prend un énorme petit dejeuner. (photo 339)

Et là, c’est le drame ! Il y a un chantier sur l’autoroute et il est interdit de passer a vélo dessus. On tente de négocier, mais les ouvriers sont intraitables. Dégoûtes, on monte dans le camion qui nous fait traverser sur 9 kilomètres. A la fin, le conducteur est cool et nous prend en photo (photo 343). S’ensuit une grosse descente sur de la piste vers Stikine River (video). A la 17e seconde (” Merde, le bidon “), mon bidon menace de se casser la gueule et je dois finir la descente en ne tenant mon guidon que de la main droite, la gauche retenant le bidon (bah oui, je n’allais pas arrêter la vidéo quand même).

Après une grosse montée (5 kilomètres à 8%) sur de la piste, on prend notre goûter au bord de la Cassiar. A cause de la fermeture de l’autoroute, il n’y a absolument personne. On a l’autoroute pour nous et Jean et moi profitons de ce moment. On s’approche de Dease Lake et il y a une grosse descente. Tout à coup, je vois un animal assis sur le bord de la route. Ca ressemble à un renard mais, la fatigue aidant, j’ai peur que ce soit un grizzly. Je m’arrête sans prevenir Jean. J’entends ” Hoooooo la “, suivi d’un ” BAM ! “. Je me retourne et je vois Jean qui tombe en gueulant ” Merde ! Merde ! “. J’ai super peur qu’il ait vraiment mal, mais ça ne s’avère être qu’une brûlure. Je me sens quand même coupable, notamment pour avoir confondu un renard (qui fait 30 kg et est de la taille d’un petit chien) avec un grizzly (qui fait entre 300 et 400 kg et peut atteindre 2 mètres de haut, et qui de plus ne s’assoit pas). On désinfecte, mais on n’a pas de pansement assez gros. On arrive à Dease Lake et on téléphone à la police pour savoir si Jean peut recevoir des soins. Et là, on apprend que Dease Lake possède une clinique dernier cri (la seule à 300 km à la ronde). On y va, Jean se fait bichonner et ils nous donnent des compresses et de la gaze. On repart tout content et on va se coucher.

29 juillet: Dease Lake - Boya Lake, 152 km (2665 km au total)

Alors que l’on dormait sans double toit pour profiter du temps, on se fait réveiller à 2h30 du matin par des ratons-laveurs qui tournent autour de la nourriture. On se rhabille et on va ranger toute la nourriture. Le réveil a 6h45 est assez difficile. Encore une fois, on se fait un paquet de céréales entier à deux.

On fait une première pause peu après le départ, durant laquelle on se fait rattraper par Ben et Nick. Le reste de la route se fera donc à 4, ce qui ira beaucoup plus vite. On se demande quand même comment on va faire 150 bornes dans la journée sachant qu’on n’en a fait que 80 à 14 heures. On s’arrête à Jade City, métropole de 12 habitants au bord de la Cassiar. Il n’y a en fait que deux magasins, les deux vendant de la jade (incroyable…). Pendant qu’on y est, il commence à pleuvoir. Il est 18h30, il nous reste 37 kilomètres à faire et on décide de repartir quand même. Peu avant Boya Lake, la pluie se transforme en trombes d’eau. On galère pour mettre la tente qui est vite inondée. Avant de se coucher, on rencontre la gérante du parc qui vient collecter l’argent. Elle me dit de ne pas laisser trainer de nourriture dehors car un ours nois traine autour du camp depuis une semaine. La nuit se fait sans histoires. Demain, c’est notre jour de repos.

30 juillet: Boya Lake, jour de repos
Pendant que je dors, je rêve encore une fois que l’on continue de rouler pendant la nuit et que l’on a planté la tente au milieu de la route (un rêve récurrent depuis le début du voyage). Tout à coup, je vois des phares et j’entends un moteur. Je commence a paniquer et je demande de l’aide a Jean:
” - Jean ! Jean ! Une voiture arrive ! Il faut qu’elle change de file ! Qu’est-ce qu’elle fait ?
- Nico, c’est le ranger du parc…
- Comment tu sais ?
- Il est 3h du matin et on est dans le parc.
- Ah, OK. ”
et je me rendors, rassuré.
Il a plu toute la nuit (environ 20 mm d’apres mon mug laisse sur la table et une évaluation grossière de l’indice de réfraction de l’eau). Il pleut encore vraiment fort le matin. Tout à coup, on entend un gros coup de feu. Même si je suis réveillé, je ne veux pas sortir sous la pluie et je reste sous la tente. La responsable arrive, nous dit qu’elle a préparé un autre site pour nous où elle a mis des baches, qu’elle apporte du bois pour le feu et qu’elle peut prendre nos duvets pour les faire sécher si on veut. Puis elle ajoute: ” Ne vous inquiétez pas pour l’ours. Il est … parti. ” Comprenne qui pourra.

On sort prendre le petit déjeuner (mmmh, du beurre de cacahuètes Kraft a la cuillère) puis, ayant trop froid, je retourne sous la tente. Pendant que je somnole, la pluie s’arrete et je vois poindre le soleil. On peut tout faire sécher et on voit tout le lac qui est magnifique (le Lonely Planet parle de ” shockingly turquoise “): enfin un vrai jour de repos. Demain, on entre au Yukon !

Le soir, je filme notre envoye special Serge imitant Jean prenant son repas du soir, avant de partir precipitamment (nos vessies semblent souffrir pendant le voyage):

31 juillet: Boya Lake - Big Creek, 127 km (2793 km au total)
On profite de nos derniers instants sur la Cassiar (et du vent de dos). La route n’a été ouverte que par intermittence depuis le glissement de terrain et on n’est dépassés que par quelques rares voitures (enfin, peut-on encore parler de voiture quand c’est plus gros qu’un bus européen ?). Je dors pendant la pause midi, puis on voit le panneau du Yukon. On est tout excités, mais bien vite calmés quand une nuée de moustiques nous souhaite la bienvenue. On n’a pas fait 10 mètres au Yukon que des trombes d’eau nous retombent dessus. On s’arrête a la première épicerie venue pour ravitailler. Elle est miteuse, mais il parait que c’est la plus grosse jusqu’a Teslin, à 250 kilomètres de là. On panique, parce qu’on a faim (on ne se rend pas bien compte de la quantité de nourriture que ça avale, un cycliste). Finalement, on nous apprend qu’il y a une boulangerie plus loin sur la Alaska Highway. On y achète quatre pains. L’Alaska Hwy est super jolie et il n’y a personne. Nous qui appréhendions un peu cette partie de la route, on est rassurés. Une fois que nous sommes arrivés au camping, un Californien vient discuter avec nous et nous offre des tranches de dinde. On les dévore.

1er août: Big Creek - Swan Lake: 115 km (2908 au total)

On arrive à partir avant 8h du matin et il fait un temps superbe. On est radieux. Après 30 minutes, quatre camions arrivent en face. On se prend les habituels déplacements d’air dans la face, mais ca ne s’arrête pas après le passage du quatrième camion. C’est le début du vent de face. Ca va être horrible toute la journée. Pause dans un motel - épicerie - camping pour manger et là, on voit Beth et Alayna qui débarquent. On papote, on va prendre un café puis on se dit définitivement au revoir. Il est 15h20 et je n’ai aucune envie de me reprendre du vent dans la tête pendant 60 kilomètres. Comme on n’a pas vraiment le choix, je les fais et on arrive au camp, un ranch au bord d’un lac qui n’a que trois emplacements de camping. Il y a du bois à volonté. Je refais un grand feu et on s’endort sans double toit, comme la veille.

2 août: Swan Lake - Johnson’s Crossing, 137 km (3045 km au total)
Un peu ébranlé par le vent de face de la veille, j’appréhende la journée. On se lève à 8h30 et on part à 10h30. Il n’y a quasiment pas de vent, c’est un régal. On s’arrête à Teslin pour faire quelques courses et regarder nos mails. Le seul café internet est dans la maison d’un Suisse, Henry, avec qui l’on parle bien. Ça nous redonne la motivation pour faire les 50 kilomètres restants. Cette motivation sera secondée par la joie de dépasser les 3000 kilomètres peu après le départ de Teslin. Une grande fierté:

Je fais une interview de Jean sur le vélo:

Juste avant le camping, on doit traverser un pont en construction. Après argumentation, on obtient de suivre la pilot car à vélo. Arrivée au camping, feu et dodo à 1 heure du matin. On s’en fout, demain, on est à Whitehorse !

3 août: Johnson’s Crossing - Whitehorse, 124 km (3169 km au total)
Début de journée super chouette, ça roule bien. A midi, une faim subite me prend et on s’arrête sur le bas-côté pour manger. Alors que l’on prend du beurre de cacahuètes et du Nutella à la cuillère, Henry arrive avec son pick-up et se gare près de nous. Il nous apporte des quiches et une boisson ! On est aux anges. On le remercie vivement, on avale ces vivres inespérées et on repart. Un peu plus loin, on voit un orignal et son petit traverser la route. Jean se rend compte que c’est vraiment gros, on est tous les deux sous le charme (de l’orignal, pas de la découverte de Jean). Deuxième arrêt repas au bord de Marsh Lake, un lac sublime qui est le départ de la Yukon River. On repart, puis on en a marre et on veut juste arriver a Whitehorse. Arrivée au camping puis balade en ville, où l’on subit un choc: les Wal-Mart, McDonalds et Pizza Hut sont là, mais le charme semble absent. On rentre dépités pour dormir. On a trois jours de repos pour changer notre opinion.

Cassiar, nous voilà !

Bonjour a tous,

On finit notre troisième semaine de voyage par un jour de repos à Smithers, le long de la Yellowhead Highway. Cette semaine aura vu l’apparition des moustiques, des paysages inintéressants et du vent de face. La conséquence est qu’on a fait 750 kilomètres en 6 jours pour arriver le plus vite à la troisième étape du voyage: la Cassiar Highway jusqu’a Watson Lake puis la Alaska Highway jusqu’a Whitehorse,
A noter que désormais, Jean s’occupera de la version anglaise du journal tandis que je me chargerai de la version française.

15 juillet: Jasper, 0 km

Première vraie journée de repos depuis le début du voyage, On s’offre un restaurant japonais, et on demande par malheur une banquette: il faut enlever ses chaussures. On mange tout gênés alors que notre fumet envahit la pièce. On ne saura jamais lequel de nous deux est le vrai coupable. Sur le chemin du retour, rencontre avec un couple de Fairbanks, On parle d’ours et de changement climatique. D’après ce que le gars me dit, tant qu’on ne tombe pas sur le grizzly grincheux avec de mauvaises dents, ca devrait aller. Il ne reste plus qu’a apprendre a repérer les grincheux. On observe cinq wapitis au camping avant de s’endormir.

16 juillet: Jasper - aire de repos après Tête Jaune Cache, 119 km

Réveil a 5h15 et départ a 6h15 du matin. C’est vraiment chouette de partir quand il n’y a personne sur la route. On voit un cerf qui mange sur le bord de la route. Je n’ose pas le prendre en photo. On repasse en Colombie-Britannique et on rechange d’heure. Résultat: on a fait 85 kilomètres à 10h du matin. Apres notre pause du midi commence une série de longues lignes droites vallonnées sans aucun intérêt. Ca durera 4 jours. On arrive enfin à l’aire de repos ou on se fait horriblement bouffer par les moustiques. On n’a que quelques secondes pour faire pipi avant qu’ils n’arrivent. On se couche à 8h avec un nouvel objectif: être à Whitehorse le 5 août.

17 juillet: aire de repos après Tête Jaune Cache - Dome Creek, 135 km

On se réveille à 5h45 au milieu des moustiques. C’est infernal. Je comprends désormais ce qu’Aaron voulait me dire. On n’est pas suffisamment prépares. Ils piquent à travers les vêtements, aux yeux, aux mains. Le petit déjeuner est horrible et on prend à peine le temps de manger. J’enlève les moustiques de mes jambes et tente de ranger mes chaussures dans mes sacoches. Cinq secondes après, je regarde mes jambes: j’ai vingt moustiques sur la jambe gauche et dix sur la jambe droite. J’ai le cœur qui palpite, le souffle court, je commence à paniquer. J’attache sommairement mes chaussures et je pars en courant. Sur le vélo, le moral est au plus bas. On repart à 30 km/h, comme si cela allait nous éviter de subir le même sort ce soir. Pour la première fois, je m’inquiète de ma capacité à faire ce voyage jusqu’au bout. Sur le chemin, on rencontre Dave, Sud-Africain qui a fait le voyage de Vancouver a Prudhoe Bay et qui est reparti de Prudhoe Bay pour aller en Terre de Feu. Il recommande l’aire de repos de Dome Creek. On s’y arrête a 15h30, épuises. Pas trop de moustiques, je suis rassuré.

18 juillet: Dome Creek - Prince George, 133 km

Très peu de moustiques le matin, je suis un peu rassuré. Ca roule bien et on s’arrête a midi dans un boui-boui qui fait son propre pain et ses propres tartes. On s’empiffre et on repart. Arrivée a Prince George ou l’on découvre une ville industrielle sans intérêt. Encore une grosse côte et on arrive au camping. Pas d’ours, pas de moustiques, on peut dormir tranquille. Le bonheur. Demain, grasse matinée.

19 juillet: Prince George - Vanderhoof, 92 km

Départ à 12h15. Bruine intermittente, des montées et des descentes en permanence, des bas-côtés étroits, les voitures qui passent tout près de nous et un gros vent de face: une étape de rêve… Ce qui devait être une étape reposante après les trois longues journées précédentes sera la pire depuis le début. On arrive enfin à Vanderhoof, épuisés. Alors que l’on cherche un endroit ou dormir, une dame, Deirdre, vient parler à Jean et, apprenant cela, nous propose de planter notre tente dans son jardin. On va la rejoindre chez son copain Todd qui nous propose la même chose. Comme son terrain à lui n’est pas inondé au contraire de celui de Deirdre, nous acceptons. Todd et Deirdre sont adorables, tout comme les deux enfants de Todd. On passe la soirée à papoter devant un thé. Il nous prête son ordinateur et nous offre une douche que nous n’utiliserons que le lendemain. On s’endort à 23h45, heureux malgré l’étape complètement pourrie. Côtoyer tant de bonté nous a revigorés.

20 juillet: Vanderhoof - Burns Lake, 133 km

Douche à 7 heures du matin avec un vrai savon: le bonheur. Enorme petit déjeuner avec pancakes, nectarines, pommes, bananes, sucre glace et sirop d’érable. Nous qui ne mangeons d’ordinaire que du gruau, nous sommes aux anges. On reste un peu à papoter puis on part. Ces quelques heures passées avec eux auront été fantastiques. On les quitte a regret. Il fait beau, il n’y a pas de vent, on part le cœur léger. On croise Marc, photographe et cycliste espagnol qui est parti d’Alaska pour aller en Californie. Lors de notre pause, on rencontre Beth et Elena qui vont en voiture de Vancouver à Whitehorse pour aller se promener au Yukon. La encore, on parle longtemps et on profite de ces moments de rencontre. On repart et arrive à Burns Lake, pour découvrir un camping municipal glauque dans une ville qui l’est tout autant (sur le chemin, on en profitera pour faire la course avec un train, ce genre de jeu qui a plus d’intérêt avec un train canadien qu’avec un TGV). Avant de s’endormir, on aura droit aux patrouilles de police, aux jeunes qui s’ennuient mortellement à minuit et aux voitures qui passent en trombe sur la route.

21 juillet: Burns Lake - Smithers, 143 km. Total: 1859 km

Réveil a 6h15 pour faire les 145 kilomètres qui nous séparent de Smithers dans la journée. La route est un peu moins chiante que les jours précédents, les décors plus varies. On voit à nouveau des montagnes enneigées. On profite d’une grosse descente pour améliorer le record de vitesse a 73,4 km/h (voir vidéo). Apres avoir trouve le camping municipal, on va manger au pub. Pour la première fois depuis le début du voyage, on peut vraiment discuter entre frères. Depuis 9 ans qu’on n’habite plus ensemble, ca fait du bien. Vivement la Cassiar Highway pour pouvoir recommencer,

Demain, jour de repos.

Les photos de la semaine 3 sont disponibles ici


Photos et vidéos

Nous avons enfin mis les photos et les vidéos sur le site. Ce n’est pas encore aussi bien présenté que ce que nous aurions voulu, mais ça prend forme. Les vidéos sont vraiment compressées pour que chacun puisse les voir. Si vraiment vous trouviez la qualité trop mauvaise, n’hésitez pas à nous le dire et nous en mettrons des moins compressées. Voilà les premières vidéos (si quelqu’un sait comment afficher toutes les vidéos d’un même utilisateur dans Google Video, je suis preneur):

Vélo dans les fourrés

Traversée de rivière

Camping Upper Nicola Lake

Camping sauvage à Three Valley

Train à Revelstoke

Yoho National Park 2

Yoho National Park

Columbia Icefield

Les photos sont visibles là: http://www.arctic2007.org/photos/weekly/

1000 bornes !

Aujourd’hui, premier vrai jour de repos, que l’on passe à Jasper, Alberta. Depuis la dernière mise à jour de lundi, nous avons parcouru 500 kilomètres dont 400 dans les Rocheuses, croisé de nouveaux animaux sauvages, traversé la Icefields Parkways (autoroute bordée de glaciers) et découvert la pluie.

9 juillet: Three Valley - Revelstoke, 30 kilomètres.

Demi-journée pour arriver à Revelstoke où nous nous reposons l’après-midi. C’est l’occasion de se gaver de burgers et d’entrecôtes au restaurant. L’après-midi passe vraiment vite et on se couche à 22h30 en ayant eu l’impression de ne rien avoir pu faire. Au moins, la ville est vraiment jolie, blottie entre les montagnes. A noter: première crevaison (qui sera pour Nicolas), qui arrive inexplicablement pendant que l’on mange. — Nicolas

10 juillet: Revelstoke - Roger’s Pass, 67 kilomètres à 17.5 km/h de moyenne.

La motivation est limitée au réveil, on sait qu’un col énorme est au programme. On n’est pas déçus: 60 kilomètres de montée sous la canicule, dépassés par les camions. Mais ça en vaut largement la peine, le décor est superbe et nous arrivons enfin dans les montagnes. Glaciers et torrents nous entourent. On s’arrête en début d’après-midi juste sous le col Roger, la difficulté de la journée, on est heureux. — Jean

11 juillet: Roger’s Pass - Yoho National Park, 118 kilomètres à 20.75 de moyenne.

On commence la journée en franchissant le col. Dans la descente, on passe à travers un tunnel et quatre abris anti-avalanche. Le troisième notamment est sombre, long, et avec un virage. On change d’heure et on se retrouve une heure plus tard. On va encore arriver tard au camp. On se pose pour faire des couses à Golden. Il fait 30 degrés à l’ombre, il n’y a pas de nuages et on n’a aucune envie de repartir, d’autant plus qu’une grosse montée nous attend à la sortie de la ville. Après être passés sur l’autoroute en travaux et sous un beau viaduc, on arrive enfin au Yoho National Park qui est superbe. On rencontre une famille de l’Ontario dont le père a bossé dans la lutte contre les feux de forêts et nous parle d’ours. Il nous offre jus de fruits et bières. On s’endort à 10h30, épuisés. — Nicolas

12 juillet: Yoho National Park - Mosquito Creek (Icefields Parkway), 86 kilomètres à 16.5 de moyenne

Peu après le départ, nouvelle difficulté: Kicking Horse Pass, 6 kilomètres d’ascension avec des passages à 9%. On a la pêche, on monte comme des fusées et on est au sommet en 40 minutes. Après une bonne descente, on arrive à Lake Louise, ce qui constitue un cap psychologique très important. Nous sommes désormais dans les Rocheuses et la première étape du voyage se termine. Après une énorme bouffe, on décide d’aller voir le lac Louise, sans savoir qu’il y a 4 kilomètres de montée très raide pour y arriver. J’ai plus de jus et Nicolas me met une rouste. Heureusement, il y a un gros ours noir en train de bouffer à côté de la route, cela me remonte le moral. Après avoir vu le lac qui est absolument superbe, nous partons sur l’autoroute des glaciers et nous nous arrêtons à Mosquito Creek dans la soirée. Le lieu porte bien son nom: il y a plein de moustiques (fait rare depuis le début du voyage). — Jean

13 juillet: Mosquito Creek - Rampart Creek, 66 km à 19 de moyenne

Grasse matinée bien méritée, on se réveille à 10 heures avant de prendre la route à midi. Les décors sont absolument sublimes: montagnes énormes, glaciers partout et ruisseaux d’une couleur bleu pâle magnifique. Nous faisons un petit bout de route avec Ben, un jeune Américain qui va également en Alaska. Bouffe énorme le soir avant un gros dodo. Demain, on essaye de se réveiller à 4 heures. — Jean

14 juillet: Rampart Creek - Jasper, 140 km à 20 de moyenne

Réveil à 5h30 et départ à 6h15. Pour la première fois, on a vraiment froid le matin et on se couvre. La Icefields Parkway à cette heure du jour est superbe. Il n’y a pas de voitures et les couleurs sont splendides. On passe à côté d’un aigle royal puis on entame l’ascension vers Sunwapta Pass, point culminant de l’autoroute à 2035 mètres d’altitude. Les 9 kilomètres d’ascension se font à un petit rythme. On arrive au Columbia Icefield. C’est joli mais bondé de touristes et on a du mal à se déshabituer de la vie en solitaire. On passe le cap des 1000 kilomètres de route à l’endroit exact du col. Grosse descentre après le glacier: 72.7 km/h pour Jean qui va décidément plus vite que moi en descente. Vu que la route descend en permanence, je propose de pousser jusqu’à Jasper: 140 kilomètres en tout. On y va en admirant une dernière fois les paysages de la Parkway. Arrivée au camping et première vraie douche depuis Revelstoke (on s’est baignés de nombreuses fois dans des lacs au cours du voyage). Elle fait vraiment du bien. Comme c’est jour de fête (on prend notre première vraie journée de repos demain), Jean décidé même de mettre du déodorant. Pour garder un pied dans la réalité, il convient de préciser que notre savon est un nettoyant multi-usages qui sert aussi de liquide vaisselle et de produit à lessive. Il tient donc plus du dégraisseur à moteur d’avions des années 20 que du gel douche revitalisant à senteurs de printemps. On décide même de mettre des habits propres (comme tous mes habits sont dans la même sacoche, même mes propres puent, mais bon). Petit tour en ville puis dodo. Enfin une vraie nuit. Demain, repos…