En garde la Dalton

7 août: Whitehorse- Summer Camp quelque part sur la Klondike, 102 km

Petit déjeuner “All you can eat” puis départ de Whitehorse. Il est midi, on a eu le sommeil lourd. Petite émotion au moment de prendre l’embranchement vers la Klondike Highway. Ca y est, on va faire 220 km de plus juste pour prendre la Top of the World. La Klondike est chiante: des paysages inintéressants et pas de bas-côtés. En plus, on n’a pas de jambes. On découvre les premiers vrais décors nordiques sous la pluie: des plaines de toundra et de sapins. On se rend peu a peu compte que le trajet va être chiant jusqu’a Dawson City, ce qui nous donne un petit moral.

Après une journée galère, on s’arrête dans un camp de vacances vide. C’est un super emplacement en bord de lac et on fait une chasse au trésor pour trouver les cabanons ouverts: c’est un retour vingt ans en arrière. On se fait un feu sous les gouttes, apprécie nos pâtes et au dodo. — Nicolas

8 août: Summer camp - Tetcha Creek (je crois), 105 km

Journée qui sera identique à la précédente: ça monte, ça descend, on s’emmerde et les jambes sont toujours absentes. Petit arrêt à Carmacks-la-glauque, charmante bourgade yukonnaise: on vous recommande la station-service pour un dîner en amoureux.

On arrive enfin au camping au pied d’une énorme côte: dîner rapide et on plonge dans les duvets humides de la veille. Atmosphère, atmosphère… — Jean

9 août: Tetcha Creek - Stewart Crossing, 152 km

On avale les 80 premiers km comme des fusées avant la pause-repas. On se dit que le reste va se faire sans problème et… ce n’est pas le cas. On commence par 4 km de montée sur de la piste boueuse en guise de digestif: ça fait très mal. On enchaîne avec un vent de face, du relief, et nous filons désormais à la vitesse ahurissante de 12 km/h. A ce train-là, on arrive au camping à 22h30. Nicolas muscle alors son jeu et nous relance. On arrive au camping vidés, mais à 20h. Rien ne peut apaiser notre appétit: je prends un burgers, deux desserts et… j’ai encore la dalle (petite pensée pour les patagons). Nicolas, qui ne sait pas mettre un cuissard correctement, a le postérieur pulvérisé. Le réveil demain s’annonce des plus croustillants. — Jean

10 août: Stewart Crossing - Klondike River Lodge (jonction avec la Dempster Highway), 137 km

Comme les jours précédents, les heures sont longues, on regarde nos guidons et on essaye d’avancer comme on peut. Petit pincement au coeur au moment de croiser la jonction avec la Dempster Highway, autre route nous permettant d’accéder à l’Océan Arctique (en prenant l’avion a Inuvik, toutefois). Mais il fallait faire un choix. Au moins, demain, on arrive à Dawson City. — Jean

11 août: Klondike River Lodge - Dawson City, 40 km

Surprise au réveil, il fait -2 degrés C (en plein mois d’août !). Toutes nos affaires sont givrées et Nico se gauffre artistiquement sur les escaliers en bois menant aux toilettes. De retour, il casse un piquet de tente juste en marchant dessus. On se prend une bonne douche (la première depuis plus d’une semaine) et, avant de partir, on rencontre un couple de Vancouver Island que l’on avait déjà croisé sur la Cassiar; ils reviennent de la Dempster et nous annoncent l’inimaginable: un ours polaire a été vu pour la deuxième fois de l’histoire sur l’autoroute.
Copyright : http://nnsl.com/northern-news-services/stories/papers/aug13_07bear.htmlOn va vérifier avant de se lancer vers l’Arctique.

Les 40 km sont avalés à 25 km/h de moyenne. Dawson City est une révélation: de vieilles maisons type western, des rues en terre et une ambiance vraiment chouette. Le moral est de retour après plusieurs jours sans intérêt: c’est la récompense de la Klondike. On décide qu’on ne repartira que demain après-midi. Je déguste un ragoût de caribou (tellement vite que le serveur abasourdi me demande si je veux un deuxième plat) pendant que Nicolas tente pour la premiere fois du voyage le saumon. Les vélos sont bichonnés et on s’endort. — Jean

12 août: Dawson City - Clinton Road, 56 km

Matinée pépère et départ à 15 heures. On traverse la Yukon River par ferry et on attaque la Top of the World Highway. Saura-t-elle justifier les quatre jours passes sur la Klondike ?

Dès le début, 17 km de montée sur de la piste alors que l’on nous avait annoncé une route pavée jusqu’à la frontière. Une fois au sommet (atteint après deux heures), on est sous le charme: la route longe la crête et on voit toutes les montagnes alentour. Il fait un temps magnifique et on décide de rouler tard. Juste apres un col, je stoppe brutalement. Il est la, brun, marchant au bord de la route dans notre direction: notre premier grizzly. Ca mate sévère… On applique à la lettre la procédure d’urgence: on lui parle doucement, on se recule et on s’identifie comme humains en agitant les bras. Normalement, c’est là qu’il doit s’arrêter ou s’enfuir. Mais nous avons affaire à un sauvageon et il continue de s’approcher tout en ne nous quittant pas des yeux. Soudain, notre sauveur surgit a moto: on lui présente la situation et lui demande son aide. Il propose de distraire l’ours en l’effrayant pour nous laisser le temps de partir. Il allume son moteur et, a ce moment, l’ours se dresse sur ses pattes de derrière (j’indique à Nicolas qu’il s’agit d’une réaction normale lorsque l’ours veut évaluer une situation). Le moteur s’approche de l’ours en klaxonnant, ce dernier filant dans les fourres. Bien que le motard nous fasse signe de passer, on reste plantés la sachant qu’il ne faut jamais s’enfuir devant un ours. Le grizzly contourne alors le motard et recommence a s’approcher de nous. Il n’est plus alors qu’à une trentaine de mètres. En plein stress, on demande au motard de venir s’interposer. Cette fois-ci, plus d’hésitation, on s’en va, passant à vélo devant l’ours à nouveau dressé sur ses pattes arrière, nous regardant et se demandant encore ce qu’étaient ces deux créatures étranges qui ont interrompu sa promenade du soir. Quant à nous, nous n’en menons pas large et sommes quittes pour un bon rappel à l’ordre: les ours sont partout ! On décide de planter rapidement la tente, ce que l’on fera au sommet d’une colline 15 km après. On se dit que la nuit va etre agitée. — Jean

13 août: Clinton Road - premier camping BLM apres la frontiere, 80 km

Bonne saucée pendant la nuit, mais pas d’ours. En revanche, c’est une brume épaisse qui nous entoure au réveil. On ne voit pas à 50 mètres. Encore une rencontre avec le couple de Vancouver Island puis on repart, la brume s’étant un peu levée. Ça grimpe et, à l’approche de la frontière, le vent se lève et la pluie se met à tomber. N’étant pas protégés car sur la crête, nous peinons à maintenir nos vélos droits (embed video) et nous en bavons.

On arrive enfin au poste-frontière et on découvre une pauvre cabane, perdue au milieu de nulle part. Trempés, on demande refuge a la douanière. On restera 1h30 au poste, ce qui nous permettra de nous réchauffer, de manger au sec, et même d’utiliser leurs toilettes. On repart également avec un magnifique tampon de caribou chacun. Petit arrêt jus de fruit a Boundary dans un bar - station-service miteux et arrivée au camping où l’histoire du grizzly se répand rapidement. Héros de la soirée, on s’endort après un bon feu. Ca y est, nous sommes en Alaska…

Nouvelles photos et vidéos

Les photos des semaines 4 et 5 sont disponibles dans la section photos. Les vidéos sont disponibles sur notre page Google Video.

3000 kilomètres et Whitehorse !

Les dix jours depuis la dernière mise à jour auront été l’occasion de traverser toute la Cassiar Highway, de découvrir le Yukon et la Alaska Highway, ainsi que de voir notre premier orignal. Nous avons également passé les 3000 kilomètres (après un mois et sept heures) et nous en profitons pour prendre trois jours de repos à Whitehorse.

Comme nous sommes en avance sur le planning, nous avons decide de passer par la Top of the World Highway et Dawson City plutot que par la Alaska Highway pour aller a Fairbanks.

22 juillet: Smithers, 0 km (1859 km au total)

Petit déjeuner à volonté avec saucisses, bacon et gaufres aux fraises. On se régale. Courses pour les jours à venir. On découvre au Safeway un appareil pour mesurer le pouls. Je fais un concours avec Jean: 57 pour moi et 52 pour Jean. Jean a tout éclaté, il est fier comme un paon.

23 juillet: Smithers - Kitwanga, 118 km (1978 km au total)

Il pleut, il fait froid, mais la Yellowhead est moins moche que les jours précédents, c’est déjà ça. On s’arrete une premiere fois a l’aeroport de Smithers pour y voir un grizzly empaille (photo dans la semaine 4). On s’arrete ensuite pour une soupe à l’oignon à New Hazelton. On sent qu’on arrive dans la brousse. On quitte sans regrets la Yellowhead pour entrer sur la Cassiar, on est tout excités. Sur la route, on voit deux gros chiens noirs. Je les prends pour des ours et je m’arrête. Apres avoir enfin réalise de quoi il s’agissait, on klaxonne pour les faire partir. Ils nous regardent, l’air curieux. Les deux filles à côté croient qu’on leur dit bonjour et nous font de grands signes de la main. On décide de passer rapidement (à cause des chiens, hein). On rencontre un couple d’Allemands au camping de Kitwanga, ils nous offrent des framboises et du saumon fumé. On est heureux comme tout.

24 juillet: Kitwanga - Bonus Lake, 78 km (2056 km au total)

 On hésite entre 77 kilomètres jusqu’à une aire de repos ou 152 kilomètres jusqu’à Meziadin. Le couple nous dit que c’est plat et qu’on a un vent arrière. On tente donc Meziadin. Finalement, ca monte et on a un vent de face. On avance à 17 kilomètres par heure et on galère. On s’arrête après 17 kilomètres, puis après 27. Tout à coup, je vois un gros truc noir qui bouge sur le côté de la route. On voit les voitures en face s’arrêter et on comprend que c’est un ours. On passe doucement, tout en le gardant à l’oeil. Il suit Jean du regard, machouillant une branche. Il ressemble plus aux peluches de notre enfance qu’à l’animal féroce qui nous est parfois décrit. On s’arrête finalement à Bonus Lake. Un ponton mène au lac, c’est super joli. Pour la première fois, on va dormir dans une zone infestée d’ours, sans poubelle anti-ours. On accroche les sacs dans un arbre. Elle est chouette, notre petite installation. Demain, Bear Glacier.

25 juillet: Bonus Lake - Meziadin Junction, 128 km (2184 km au total)

Réveil à 5 heures, départ à 7. C’est pas mal. Pas d’ours pendant la nuit, je suis presque déçu. Il fait super beau et la Cassiar à cette heure est un rêve. Aucune voiture et des montagnes tout autour. A 11h30, on a fait les 74 kilomètres jusqu’au camping. On y glande, profitant du soleil. A 16 heures, on repart avec les vélos à vide pour aller voir Bear Glacier (une petite balade de 50 kilomètres). Wow, ça trace sans les sacoches. On peut même tourner le guidon facilement, c’est tout bizarre ! Pendant que je roule, j’entends Jean derrière moi dire quelque chose. Sans comprendre, je regarde à droite et je vois une grosse tête noire juste sur le bord de la route. Je viens de ne pas voir un ours. Jean et moi n’en revenons pas. Deuxième ours de la journée un peu plus loin (le cinquième depuis le début du voyage) puis on arrive au glacier. On se les pèle, mais c’est super beau. On est quand même vachement chanceux de pouvoir goûter dans des endroits pareils.

26 juillet: Meziadin Junction - Bell II lodge, 94 km (2278 km au total)

On se lève tôt, une fois de plus. Sur la route, on voit un ours à qui on fait de grands coucous de la main. Notre attitude envers ces plantigrades a quelque peu évoluée depuis le début du voyage.
On fait une pause repas qui est l’occasion de produire notre premiere emission culinaire:

Etonnamment, la route est bordée de lacs, de forêts et de montagnes. On arrive à Bell II où nous attend une divine surprise: dans le prix du camping est inclus l’accès au sauna, au jacuzzi et aux douches chaudes. Nos yeux brillent. On court prendre une douche chaude (celle de Jean a même un deuxième jet au niveau de la taille), puis on va dans le sauna. On savoure un tel luxe. A peine sortis, on reprend une douche chaude ! On découvre alors que le lodge propose un buffet avec salades, légumes et viandes. Plusieurs fois, la serveuse nous demandera si elle peut récuperer nos assiettes, recevant comme réponse le regard du chien à qui l’on menace de retirer la gamelle.

Dans la soirée, on rencontre Nick et Ben, deux Américains qui vont à Whitehorse. On partira plus tôt qu’eux demain, mais on se dit qu’on les reverra le long de la route. On se couche à 21 heures, heureux et repus.

27 juillet: Bell II lodge - Mountain Shadow RV Park, 160 km (2439 au total)

Lever à 4h45 et départ à 6h45 après une bonne douche. On a pris plus de douches en 12 heures que pendant les 25 premiers jours du voyage. On se sent en jambes et on ne fait que des pauses barres. Les décors sont somptueux. On roule au milieu de gorges et de montagnes enneigées. Une petite montée sur de la piste à 9% puis à 8% que l’on avale. Jean voit un ours et me le montre du doigt en gueulant. L’ours le suit du regard, machouillant sa branche, se demandant vraisemblablement quel est cet excité qui s’agite sur son tracteur. Apres 135 kilomètres, on nous dit que l’autoroute est fermée à cause d’un glissement de terrain et qu’elle ne rouvrira que dans deux ou trois jours. On ne veut pas attendre et on tente de passer. Et là, ils nous laissent traverser ! Aucun automobiliste ne peut traverser, certains vont faire demi-tour et rouler 500 kilomètres pour prendre la Alaska Highway, tout ca pour un petit bout de 5 kilomètres fermé. Et nous, on y va. On est tout seuls sur la route, fous de joie. Après 15 kilomètres de piste, on arrive à Iskut où on s’arrête pour camper. La gérante nous offre des cookies et les gens viennent nous voir, étonnés que l’on soit passés, pour nous poser des questions. Nous sommes des petits rois.

Feu pour la soirée après cette journée de 9 heures sur le vélo. Demain, grasse matinée.

28 juillet: Mountain Shadow RV Park - Dease Lake, 73 km (2512 km au total)
Jean répare la crevaison lente qu’il a eue la veille. Ca ne fait qu’une crevaison par personne en quatre semaines, ca reste raisonnable. On se prend un énorme petit dejeuner. (photo 339)

Et là, c’est le drame ! Il y a un chantier sur l’autoroute et il est interdit de passer a vélo dessus. On tente de négocier, mais les ouvriers sont intraitables. Dégoûtes, on monte dans le camion qui nous fait traverser sur 9 kilomètres. A la fin, le conducteur est cool et nous prend en photo (photo 343). S’ensuit une grosse descente sur de la piste vers Stikine River (video). A la 17e seconde (” Merde, le bidon “), mon bidon menace de se casser la gueule et je dois finir la descente en ne tenant mon guidon que de la main droite, la gauche retenant le bidon (bah oui, je n’allais pas arrêter la vidéo quand même).

Après une grosse montée (5 kilomètres à 8%) sur de la piste, on prend notre goûter au bord de la Cassiar. A cause de la fermeture de l’autoroute, il n’y a absolument personne. On a l’autoroute pour nous et Jean et moi profitons de ce moment. On s’approche de Dease Lake et il y a une grosse descente. Tout à coup, je vois un animal assis sur le bord de la route. Ca ressemble à un renard mais, la fatigue aidant, j’ai peur que ce soit un grizzly. Je m’arrête sans prevenir Jean. J’entends ” Hoooooo la “, suivi d’un ” BAM ! “. Je me retourne et je vois Jean qui tombe en gueulant ” Merde ! Merde ! “. J’ai super peur qu’il ait vraiment mal, mais ça ne s’avère être qu’une brûlure. Je me sens quand même coupable, notamment pour avoir confondu un renard (qui fait 30 kg et est de la taille d’un petit chien) avec un grizzly (qui fait entre 300 et 400 kg et peut atteindre 2 mètres de haut, et qui de plus ne s’assoit pas). On désinfecte, mais on n’a pas de pansement assez gros. On arrive à Dease Lake et on téléphone à la police pour savoir si Jean peut recevoir des soins. Et là, on apprend que Dease Lake possède une clinique dernier cri (la seule à 300 km à la ronde). On y va, Jean se fait bichonner et ils nous donnent des compresses et de la gaze. On repart tout content et on va se coucher.

29 juillet: Dease Lake - Boya Lake, 152 km (2665 km au total)

Alors que l’on dormait sans double toit pour profiter du temps, on se fait réveiller à 2h30 du matin par des ratons-laveurs qui tournent autour de la nourriture. On se rhabille et on va ranger toute la nourriture. Le réveil a 6h45 est assez difficile. Encore une fois, on se fait un paquet de céréales entier à deux.

On fait une première pause peu après le départ, durant laquelle on se fait rattraper par Ben et Nick. Le reste de la route se fera donc à 4, ce qui ira beaucoup plus vite. On se demande quand même comment on va faire 150 bornes dans la journée sachant qu’on n’en a fait que 80 à 14 heures. On s’arrête à Jade City, métropole de 12 habitants au bord de la Cassiar. Il n’y a en fait que deux magasins, les deux vendant de la jade (incroyable…). Pendant qu’on y est, il commence à pleuvoir. Il est 18h30, il nous reste 37 kilomètres à faire et on décide de repartir quand même. Peu avant Boya Lake, la pluie se transforme en trombes d’eau. On galère pour mettre la tente qui est vite inondée. Avant de se coucher, on rencontre la gérante du parc qui vient collecter l’argent. Elle me dit de ne pas laisser trainer de nourriture dehors car un ours nois traine autour du camp depuis une semaine. La nuit se fait sans histoires. Demain, c’est notre jour de repos.

30 juillet: Boya Lake, jour de repos
Pendant que je dors, je rêve encore une fois que l’on continue de rouler pendant la nuit et que l’on a planté la tente au milieu de la route (un rêve récurrent depuis le début du voyage). Tout à coup, je vois des phares et j’entends un moteur. Je commence a paniquer et je demande de l’aide a Jean:
” - Jean ! Jean ! Une voiture arrive ! Il faut qu’elle change de file ! Qu’est-ce qu’elle fait ?
- Nico, c’est le ranger du parc…
- Comment tu sais ?
- Il est 3h du matin et on est dans le parc.
- Ah, OK. ”
et je me rendors, rassuré.
Il a plu toute la nuit (environ 20 mm d’apres mon mug laisse sur la table et une évaluation grossière de l’indice de réfraction de l’eau). Il pleut encore vraiment fort le matin. Tout à coup, on entend un gros coup de feu. Même si je suis réveillé, je ne veux pas sortir sous la pluie et je reste sous la tente. La responsable arrive, nous dit qu’elle a préparé un autre site pour nous où elle a mis des baches, qu’elle apporte du bois pour le feu et qu’elle peut prendre nos duvets pour les faire sécher si on veut. Puis elle ajoute: ” Ne vous inquiétez pas pour l’ours. Il est … parti. ” Comprenne qui pourra.

On sort prendre le petit déjeuner (mmmh, du beurre de cacahuètes Kraft a la cuillère) puis, ayant trop froid, je retourne sous la tente. Pendant que je somnole, la pluie s’arrete et je vois poindre le soleil. On peut tout faire sécher et on voit tout le lac qui est magnifique (le Lonely Planet parle de ” shockingly turquoise “): enfin un vrai jour de repos. Demain, on entre au Yukon !

Le soir, je filme notre envoye special Serge imitant Jean prenant son repas du soir, avant de partir precipitamment (nos vessies semblent souffrir pendant le voyage):

31 juillet: Boya Lake - Big Creek, 127 km (2793 km au total)
On profite de nos derniers instants sur la Cassiar (et du vent de dos). La route n’a été ouverte que par intermittence depuis le glissement de terrain et on n’est dépassés que par quelques rares voitures (enfin, peut-on encore parler de voiture quand c’est plus gros qu’un bus européen ?). Je dors pendant la pause midi, puis on voit le panneau du Yukon. On est tout excités, mais bien vite calmés quand une nuée de moustiques nous souhaite la bienvenue. On n’a pas fait 10 mètres au Yukon que des trombes d’eau nous retombent dessus. On s’arrête a la première épicerie venue pour ravitailler. Elle est miteuse, mais il parait que c’est la plus grosse jusqu’a Teslin, à 250 kilomètres de là. On panique, parce qu’on a faim (on ne se rend pas bien compte de la quantité de nourriture que ça avale, un cycliste). Finalement, on nous apprend qu’il y a une boulangerie plus loin sur la Alaska Highway. On y achète quatre pains. L’Alaska Hwy est super jolie et il n’y a personne. Nous qui appréhendions un peu cette partie de la route, on est rassurés. Une fois que nous sommes arrivés au camping, un Californien vient discuter avec nous et nous offre des tranches de dinde. On les dévore.

1er août: Big Creek - Swan Lake: 115 km (2908 au total)

On arrive à partir avant 8h du matin et il fait un temps superbe. On est radieux. Après 30 minutes, quatre camions arrivent en face. On se prend les habituels déplacements d’air dans la face, mais ca ne s’arrête pas après le passage du quatrième camion. C’est le début du vent de face. Ca va être horrible toute la journée. Pause dans un motel - épicerie - camping pour manger et là, on voit Beth et Alayna qui débarquent. On papote, on va prendre un café puis on se dit définitivement au revoir. Il est 15h20 et je n’ai aucune envie de me reprendre du vent dans la tête pendant 60 kilomètres. Comme on n’a pas vraiment le choix, je les fais et on arrive au camp, un ranch au bord d’un lac qui n’a que trois emplacements de camping. Il y a du bois à volonté. Je refais un grand feu et on s’endort sans double toit, comme la veille.

2 août: Swan Lake - Johnson’s Crossing, 137 km (3045 km au total)
Un peu ébranlé par le vent de face de la veille, j’appréhende la journée. On se lève à 8h30 et on part à 10h30. Il n’y a quasiment pas de vent, c’est un régal. On s’arrête à Teslin pour faire quelques courses et regarder nos mails. Le seul café internet est dans la maison d’un Suisse, Henry, avec qui l’on parle bien. Ça nous redonne la motivation pour faire les 50 kilomètres restants. Cette motivation sera secondée par la joie de dépasser les 3000 kilomètres peu après le départ de Teslin. Une grande fierté:

Je fais une interview de Jean sur le vélo:

Juste avant le camping, on doit traverser un pont en construction. Après argumentation, on obtient de suivre la pilot car à vélo. Arrivée au camping, feu et dodo à 1 heure du matin. On s’en fout, demain, on est à Whitehorse !

3 août: Johnson’s Crossing - Whitehorse, 124 km (3169 km au total)
Début de journée super chouette, ça roule bien. A midi, une faim subite me prend et on s’arrête sur le bas-côté pour manger. Alors que l’on prend du beurre de cacahuètes et du Nutella à la cuillère, Henry arrive avec son pick-up et se gare près de nous. Il nous apporte des quiches et une boisson ! On est aux anges. On le remercie vivement, on avale ces vivres inespérées et on repart. Un peu plus loin, on voit un orignal et son petit traverser la route. Jean se rend compte que c’est vraiment gros, on est tous les deux sous le charme (de l’orignal, pas de la découverte de Jean). Deuxième arrêt repas au bord de Marsh Lake, un lac sublime qui est le départ de la Yukon River. On repart, puis on en a marre et on veut juste arriver a Whitehorse. Arrivée au camping puis balade en ville, où l’on subit un choc: les Wal-Mart, McDonalds et Pizza Hut sont là, mais le charme semble absent. On rentre dépités pour dormir. On a trois jours de repos pour changer notre opinion.

Cassiar, nous voilà !

Bonjour a tous,

On finit notre troisième semaine de voyage par un jour de repos à Smithers, le long de la Yellowhead Highway. Cette semaine aura vu l’apparition des moustiques, des paysages inintéressants et du vent de face. La conséquence est qu’on a fait 750 kilomètres en 6 jours pour arriver le plus vite à la troisième étape du voyage: la Cassiar Highway jusqu’a Watson Lake puis la Alaska Highway jusqu’a Whitehorse,
A noter que désormais, Jean s’occupera de la version anglaise du journal tandis que je me chargerai de la version française.

15 juillet: Jasper, 0 km

Première vraie journée de repos depuis le début du voyage, On s’offre un restaurant japonais, et on demande par malheur une banquette: il faut enlever ses chaussures. On mange tout gênés alors que notre fumet envahit la pièce. On ne saura jamais lequel de nous deux est le vrai coupable. Sur le chemin du retour, rencontre avec un couple de Fairbanks, On parle d’ours et de changement climatique. D’après ce que le gars me dit, tant qu’on ne tombe pas sur le grizzly grincheux avec de mauvaises dents, ca devrait aller. Il ne reste plus qu’a apprendre a repérer les grincheux. On observe cinq wapitis au camping avant de s’endormir.

16 juillet: Jasper - aire de repos après Tête Jaune Cache, 119 km

Réveil a 5h15 et départ a 6h15 du matin. C’est vraiment chouette de partir quand il n’y a personne sur la route. On voit un cerf qui mange sur le bord de la route. Je n’ose pas le prendre en photo. On repasse en Colombie-Britannique et on rechange d’heure. Résultat: on a fait 85 kilomètres à 10h du matin. Apres notre pause du midi commence une série de longues lignes droites vallonnées sans aucun intérêt. Ca durera 4 jours. On arrive enfin à l’aire de repos ou on se fait horriblement bouffer par les moustiques. On n’a que quelques secondes pour faire pipi avant qu’ils n’arrivent. On se couche à 8h avec un nouvel objectif: être à Whitehorse le 5 août.

17 juillet: aire de repos après Tête Jaune Cache - Dome Creek, 135 km

On se réveille à 5h45 au milieu des moustiques. C’est infernal. Je comprends désormais ce qu’Aaron voulait me dire. On n’est pas suffisamment prépares. Ils piquent à travers les vêtements, aux yeux, aux mains. Le petit déjeuner est horrible et on prend à peine le temps de manger. J’enlève les moustiques de mes jambes et tente de ranger mes chaussures dans mes sacoches. Cinq secondes après, je regarde mes jambes: j’ai vingt moustiques sur la jambe gauche et dix sur la jambe droite. J’ai le cœur qui palpite, le souffle court, je commence à paniquer. J’attache sommairement mes chaussures et je pars en courant. Sur le vélo, le moral est au plus bas. On repart à 30 km/h, comme si cela allait nous éviter de subir le même sort ce soir. Pour la première fois, je m’inquiète de ma capacité à faire ce voyage jusqu’au bout. Sur le chemin, on rencontre Dave, Sud-Africain qui a fait le voyage de Vancouver a Prudhoe Bay et qui est reparti de Prudhoe Bay pour aller en Terre de Feu. Il recommande l’aire de repos de Dome Creek. On s’y arrête a 15h30, épuises. Pas trop de moustiques, je suis rassuré.

18 juillet: Dome Creek - Prince George, 133 km

Très peu de moustiques le matin, je suis un peu rassuré. Ca roule bien et on s’arrête a midi dans un boui-boui qui fait son propre pain et ses propres tartes. On s’empiffre et on repart. Arrivée a Prince George ou l’on découvre une ville industrielle sans intérêt. Encore une grosse côte et on arrive au camping. Pas d’ours, pas de moustiques, on peut dormir tranquille. Le bonheur. Demain, grasse matinée.

19 juillet: Prince George - Vanderhoof, 92 km

Départ à 12h15. Bruine intermittente, des montées et des descentes en permanence, des bas-côtés étroits, les voitures qui passent tout près de nous et un gros vent de face: une étape de rêve… Ce qui devait être une étape reposante après les trois longues journées précédentes sera la pire depuis le début. On arrive enfin à Vanderhoof, épuisés. Alors que l’on cherche un endroit ou dormir, une dame, Deirdre, vient parler à Jean et, apprenant cela, nous propose de planter notre tente dans son jardin. On va la rejoindre chez son copain Todd qui nous propose la même chose. Comme son terrain à lui n’est pas inondé au contraire de celui de Deirdre, nous acceptons. Todd et Deirdre sont adorables, tout comme les deux enfants de Todd. On passe la soirée à papoter devant un thé. Il nous prête son ordinateur et nous offre une douche que nous n’utiliserons que le lendemain. On s’endort à 23h45, heureux malgré l’étape complètement pourrie. Côtoyer tant de bonté nous a revigorés.

20 juillet: Vanderhoof - Burns Lake, 133 km

Douche à 7 heures du matin avec un vrai savon: le bonheur. Enorme petit déjeuner avec pancakes, nectarines, pommes, bananes, sucre glace et sirop d’érable. Nous qui ne mangeons d’ordinaire que du gruau, nous sommes aux anges. On reste un peu à papoter puis on part. Ces quelques heures passées avec eux auront été fantastiques. On les quitte a regret. Il fait beau, il n’y a pas de vent, on part le cœur léger. On croise Marc, photographe et cycliste espagnol qui est parti d’Alaska pour aller en Californie. Lors de notre pause, on rencontre Beth et Elena qui vont en voiture de Vancouver à Whitehorse pour aller se promener au Yukon. La encore, on parle longtemps et on profite de ces moments de rencontre. On repart et arrive à Burns Lake, pour découvrir un camping municipal glauque dans une ville qui l’est tout autant (sur le chemin, on en profitera pour faire la course avec un train, ce genre de jeu qui a plus d’intérêt avec un train canadien qu’avec un TGV). Avant de s’endormir, on aura droit aux patrouilles de police, aux jeunes qui s’ennuient mortellement à minuit et aux voitures qui passent en trombe sur la route.

21 juillet: Burns Lake - Smithers, 143 km. Total: 1859 km

Réveil a 6h15 pour faire les 145 kilomètres qui nous séparent de Smithers dans la journée. La route est un peu moins chiante que les jours précédents, les décors plus varies. On voit à nouveau des montagnes enneigées. On profite d’une grosse descente pour améliorer le record de vitesse a 73,4 km/h (voir vidéo). Apres avoir trouve le camping municipal, on va manger au pub. Pour la première fois depuis le début du voyage, on peut vraiment discuter entre frères. Depuis 9 ans qu’on n’habite plus ensemble, ca fait du bien. Vivement la Cassiar Highway pour pouvoir recommencer,

Demain, jour de repos.

Les photos de la semaine 3 sont disponibles ici


Photos et vidéos

Nous avons enfin mis les photos et les vidéos sur le site. Ce n’est pas encore aussi bien présenté que ce que nous aurions voulu, mais ça prend forme. Les vidéos sont vraiment compressées pour que chacun puisse les voir. Si vraiment vous trouviez la qualité trop mauvaise, n’hésitez pas à nous le dire et nous en mettrons des moins compressées. Voilà les premières vidéos (si quelqu’un sait comment afficher toutes les vidéos d’un même utilisateur dans Google Video, je suis preneur):

Vélo dans les fourrés

Traversée de rivière

Camping Upper Nicola Lake

Camping sauvage à Three Valley

Train à Revelstoke

Yoho National Park 2

Yoho National Park

Columbia Icefield

Les photos sont visibles là: http://www.arctic2007.org/photos/weekly/